mercredi 27 avril 2016

MURDER AT MEDICINE HAT

Note : J'ai un ancien collègue de la CBC, Richard Inwood, qui est maintenant retiré et vit à Ottawa. Parmi ses nombreux intérêts, Richard étudie en permanence la seconde guerre mondiale et surtout la façon dont elle a eu un impact ici, au Canada. Au fil des mois, il m'a fait parvenir certains de ses textes qui sont fort intéressants pour quiconque s'intéresse à l'histoire de notre pays. Il a accepté que je les reproduise ici, sur mon blogue, pour leur assurer une plus grande diffusion Voici le premier de ces textes.

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Murder at Medicine Hat
Officers and gentlemen? Officers…maybe.  But, Gentlemen?…anything but. Four World War II German prisoners-of-war at Camp 132 - Medicine Hat, Alberta murdered two of their countrymen.

Victim No.1 was August Plaszec.  Before the war, he had a farm near Nordlunen-Germany.  A Roman Catholic, he stood only 5’5” and weighed just 150 pounds, but he sought some adventure and joined the French Foreign Legion. In the 1930’s, Legionnaires, who returned to Germany were ‘re-educated’ in Nazi ideology and inducted into the army. Because of his experience with the Legion in Africa, he was assigned to Erwin Rommel’s “Afrika Korps”. In 1943, at Tobruk, Rommel’s corps was almost wiped out and Plaszec was captured by the British. He and several other ex-Legionnaires were eventually sent to Camp 132, at Medicine Hat in Alberta. 

Camp 132, Medicine Hat, Alberta
Camp 132 was a very, very rough place. It was huge… built to accommodate more than 12,000 prisoners. It was so huge that the Canadian military only patrolled outside the wire. The prisoners themselves controlled the inside. Inevitably, cliques were formed. There were hard core Nazis. There were Communists. There were pacifists. You name it; they were all there. And, they didn’t get along.
The ex-Legionnaires would meet near a soccer field in the camp compound to reminisce about the past and speculate about their future. That made them suspect in the eyes of leading Nazi elements. On July 22nd 1943, an angry mob grabbed Plaszec and dragged him outside, where he was kicked and beaten with a rock, then, taken to an exercise hall, where he was hanged.

Victim No.2 was Karl Lehmann. He was a stout, middle aged man. Before the war, he had been a professor of languages at the University of Erlangen. His ‘crime’?  He spoke out against the Nazi regime and he predicted that Germany would lose the war. On September 10th, 1943, he was beaten by four men…one of them, a boxing instructor. After the beating, Lehmann was hanged by the neck from a ceiling pipe.
It took a months to identify the killers in both of these incidents. The investigations were stymied by a strict code of silence, enforced by the highest-ranking officers in the camp. as the police investigations dragged on, it was decided that some undercover work was required.

Among those brought in for the job, was Georges Hamel. As a young lieutenant in World War I, he was captured and spent two years as a prisoner in a Stalag. To pass the time in captivity, he learned to speak German. Hamel learned well enough to eventually pass for a German. He was considered too old to serve in World War II. Instead, the long-time railway telegrapher was recruited by authorities to serve at the Camp X spy school, near Whitby-Ontario, where he performed varied duties, including dressing up in a Wehrmacht uniform and mingling with incoming German P.O.W. officers to gather intelligence.
This is what he did at Medicine Hat. Hamel was interned at Camp 132. There, he and other investigators finally identified the killers.

Heinrich Busch, a pilot shot down over England…Willi Mueller, a pilot who suffered a similar fate north of Glasgow…Bruno Perzonowsky, a navigator who was captured in North Wales….and Walter Wolf, a sergeant captured in Africa were tried and convicted. Under the terms of article 45 of the Geneva Convention, they were subject to Canadian law. All four were hanged on December 18th 1946. 
To end on a more pleasant note….Some of the Camp 132 P.O.W.s were trusted to leave the compound and work in small businesses or as farm labourers. Often they established a close bond with local families. Many returned after the war….some to visit….others even to stay.

Richard Inwood - April 2016
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Image : Internet

 

vendredi 8 avril 2016

SAM HAMAD, OU LE LYNCHAGE PUBLIC


Jusqu'ici, Sam Hamad n'a rien fait d'illégal au sens de la loi. Aucun des courriels que quelqu'un à l'UPAC a fournis à l'émission Enquêtes n'était signé par Sam Hamad. C'était plutôt Marc-Yvan Côté qui parlait de Sam Hamad dans ces courriels. Pour les médias et les oppositions, ce n'est pas important.
Je connais M. Hamad depuis près de 20 ans, même si nous ne sommes pas des amis proches. Ce que je sais, c'est qu'il est dévoué, honnête, engagé et très intègre. Certes, politiquement, il a été très imprudent en maintenant des contacts avec Marc-Yvan Côté, le pestiféré de la politique. Sam Hamad a aussi manqué de jugement en allant tout-à-coup en Floride. Mais il a reconnu rapidement ses erreurs. Pour les médias et les oppositions, encore une fois, ce n'est pas important.
Jusqu'ici, Sam Hamad n'a rien fait d'illégal, ce qui, soit dit entre nous, importe peu dans le monde politico-médiatique.

Cela établi, que reste-t-il ? Il reste un jeu politique plutôt sordide qui a consisté à tenter d'affaiblir le plus possible le gouvernement en procédant au lynchage public de Sam Hamad sans qu'aucune présomption d'innocence ne soit exercée à son endroit. Il nous reste un goût amer en bouche.

Sam Hamad a été jugé, condamné et exécuté politiquement sans qu'il ait eu vraiment son mot à dire. Mais quoi qu'il ait eu à dire, pour les médias et les oppositions, ce n'était pas important.

Bien sûr, lorsque le Commissaire à l'éthique, le Vérificateur général et le Directeur général des élections remettront le résultat de leurs enquêtes, résultat fort prévisible par ailleurs, les médias et les oppositions auront passé à autre chose.
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Image : La Presse, via Internet

mardi 5 avril 2016

UNE ÉTRANGE RÉMINISCENCE…

En 1975, j'étais correspondant parlementaire de Radio-Canada au Parlement de Québec. J'étais donc aux premières loges pour assister à la rapide descente aux enfers du gouvernement de Robert Bourassa. Ce dernier avait brillamment remporté l'élection de 1973 avec 102 députés. Face à cette troupe imposante, il n'y avait que six députés péquistes et deux députés créditistes.

Puis, assez rapidement, les choses dégénérèrent. Des rumeurs de corruption, des enquêtes, un chantier olympique soumis aux diktats des syndicats, le saccage syndical à la Baie James, tout cela se mit à pleuvoir sur le gouvernement de Robert Bourassa sans que les explications gouvernementales ne renversent la méfiance grandissante à son endroit.
Pour ceux et celles qui n'ont pas vécu cette période, il faut rappeler qu'en 1976, Robert Bourassa était, selon plusieurs, l'homme le plus détesté du Québec. Face à lui, à Ottawa, régnait Pierre-Elliott Trudeau, premier ministre majoritaire dont la popularité au Québec ne se démentait pas : les libéraux fédéraux détenaient tous les comtés fédéraux sauf un, au Québec.

Empêtré dans des difficultés croissantes, escomptant profiter du succès des Jeux olympiques de 1976 et invoquant le danger d'un rapatriement unilatéral de la constitution canadienne par Ottawa, Robert Bourassa déclencha des élections hâtives pour le 15 novembre 1976. La campagne serait brève : seulement quatre semaines. C'est le Parti québécois de René Lévesque qui prit le pouvoir. On connaît la suite.

Curieuse ressemblance
Bien sûr, 2016 n'est pas 1976. Toutefois, l'état des choses sur la scène politique provinciale me fait vivre une étrange réminiscence.

D'abord, la méfiance et de le cynisme. Comme en 1976, projet olympique en moins, le degré de méfiance et de cynisme envers la classe politique est devenu très élevé dans la population et chez les commentateurs politiques, quelle que soit leur orientation partisane. Même La Presse, que personne ne soupçonnerait d'avoir des atomes crochus avec le Parti québécois, assène depuis quelques semaines des critiques d'une férocité évidente à l'endroit du gouvernement de Philippe Couillard. Ces critiques, qui viennent de partout, alimentent méfiance et cynisme dans la population, ce que reflètent en bonne partie les sondages.
Ensuite, il y a eu des efforts inutiles de redressement du côté du gouvernement. Comme pour le Robert  Bourassa de 1976, le gouvernement Couillard fait tout pour tenter de corriger le tir, mais sans succès. Remaniement miné la maladie de Pierre Moreau, peut-être le ministre le plus politiquement solide de ce gouvernement, et vite oublié, un budget éclipsé par les arrestations de Nathalie Normandeau et de Marc-Yvan Côté, un projet de loi liberticide (le 59) sur le discours haineux qu'il n'essaie même pas de définir, une fuite de courriels qui met en évidence des accointances douteuses entre Marc-Yvan Côté, un pestiféré politique, et Sam Hamad, qui se retire temporairement du conseil des ministres et qui, au lieu de demeurer chez lui, va en Floride sans réaliser le genre de message plutôt asocial que cela envoie dans la circonstance, bref, rien ne va plus pour ce gouvernement.

Son chef risque peut-être de devenir lui aussi, si rien ne change, l'homme le plus détesté du Québec.

Des différences
Mais des différences existent avec 1976. D'abord, le gouvernement Couillard a deux ans devant lui. Il a donc encore du temps. Ensuite, ce gouvernement a la possibilité de proroger la session en cours en juin et de tenter de repartir à neuf avec un discours inaugural et un programme législatif renouvelé en septembre ou octobre prochain. Enfin, la pause estivale serait l'occasion pour le premier ministre de changer la composition de son cabinet politique personnel rapproché et d'envisager - oui, encore une fois -  d'alléger son Conseil des ministres de ses éléments les plus faibles.

Le premier ministre pourrait aussi faire davantage appel et confiance à de jeunes députés pour remettre son gouvernement sur les rails. Enfin, il lui faut développer davantage d'empathie avec la population québécoise, être plus en symbiose avec les préoccupations des citoyens et des citoyennes. En un mot, le message actuel du gouvernement ne passe plus.

Est-ce que ce gouvernement est encore capable de redresser les choses ? J'ignore s'il peut le faire, mais je pense qu'il est condamné à le faire. Avec un peu plus de marge de manœuvre financière, résultat de deux années d'austérité imposée, il est grand temps que le gouvernement de Philippe Couillard sorte de sa bulle et redéfinisse ses objectifs pour le Québec.
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Images : Robert Bourassa : Internet
   
            Philippe Couillard : Le Devoir (via Internet)
 

 

dimanche 27 mars 2016

QU'EST DONC LE SILENCE DEVENU ?

Le silence n'est plus. La Révolution industrielle, l'invention du moteur à combustion interne, la radio, la télévision, la musique pop et rock, tout maintenant se ligue pour éradiquer le silence. Il n'y a plus de silence. Les endroits de silence, de vrai silence, sont devenus rarissimes dans le milieu urbain et péri urbain où la majorité des gens vit aujourd'hui.

Tout concourt au bruit ambiant, et personne n'y fait plus attention. La hasard et mes gènes font que je fréquente souvent, trop souvent l'hôpital. Je ne le nommerai pas: ils sont tous semblables, à cet égard. Il n'y a pas de chariot ou de civière qui ne bruisse ou ne grince. Les employés, médicaux ou non, parlent fort.

On a semé l'horrible, l'affreuse télévision dans tous les recoins et qui montre jour après jour, heure après heure, les mêmes inepties que des gens regardent néanmoins. J'écris « des gens », car ce ne sont pas tous les gens qui la regardent. Une bonne proportion, dont je fais partie, subit en silence (!) cette intrusion, cette agression visuelle et sonore insipide.
Je me suis enquis au sujet de la prolifération de cette « boîte stupide » (comme l'appellent les Britanniques), la télévision partout dans les salles d'attente de l'établissement. Il paraît que c'est pour réduire le niveau de stress de la majorité des personnes, patients ou visiteurs, présentes à l'hôpital. Voilà la dictature de la majorité stressée...

À l'extérieur, ce n'est guère mieux. Le bruit de la circulation, les klaxons, les pétarades des motos en été, le bruit de la machinerie lourde dans les chantiers routiers et autres omniprésents, les tondeuses à gazon, les souffleuses de la même pelouse, les marteaux à air comprimé, tout cela crée une cacophonie envahissante.
En hiver, nous payons cher les rares moments de silence des petits matins neigeux : le déneigement repose sur les souffleuses à neige individuelles et sur la machinerie lourde des autorités municipales génératrices de décibels assourdissants. Et en milieu rural, les "4X4", motoneiges et autres engins à moteur terrestres et nautiques brisent la quiétude environnante hiver comme été, comme si générer le bruit démontrait que l'on vit.

Évidemment, on ne reviendra en arrière. Mais l'humain a besoin de moments de silence. Pour se retrouver, pour réfléchir, pour se calmer, pour réduire son niveau de stress, pour contempler autre chose qu'un écran.
Aménager des lieux et des moments de silence malgré l'agression de bruit ambiante devient de plus un sine qua non d'équilibre pour chacun. Le défi est personnel et il sera d'autant plus difficile à relever que presque tout, dans notre société de consommation, veut nous éloigner du silence. Car le silence ne vend rien, sinon un peu de bonheur.

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vendredi 26 février 2016

Collège de Maisonneuve : L'INVISIBLE DG


Dans la triste saga du Collège de Maisonneuve, il y a un élément qui est troublant. L’an dernier, lors des démêlées qui ont mené à l’annulation du bail consenti à Adil Charkaoui, l’imam et prédicateur autoproclamé, jamais on n’a vu ou entendu le directeur général du Collège prendre la parole devant les caméras et les micros pour expliquer ce qui se passait, pour énoncer les positions de l’institution.  Le travail a été confié à une directrice des communications, excellente par ailleurs. Cette année, en 2016, la polémique reprend au Collège de Maisonneuve. Encore une fois, c’est la directrice des affaires corporatives qui affronte les médias et répond à leurs questions, de façon compétente.

Cependant, tous les professionnels de la communication vous le diront, en matière de gestion de crise, vient un moment où c’est le « patron » qui doit s’exprimer, exposer la position de la maison et ce, pour des raisons reliées tout autant aux besoins de la communication interne que de la communication externe.

L’engagement du grand patron donne, pour le public, y inclus pour les parents des étudiants et étudiantes, un visage à l’institution. L’image du patron est aussi un outil de ralliement interne pour les employés du Collège. Ces besoins en communication requièrent plus que le travail d’un ou d’une porte-parole, quelle que soit sa compétence par ailleurs.

Ce matin, le communiqué du Collège de Maisonneuve, repris par les médias, ne parlait que de la « direction » du collège (voir http://www.cmaisonneuve.qc.ca/la-direction-du-college-de-maisonneuve-retablit-les-faits/). Nulle part, le communiqué référait au directeur général de cette institution. Voilà qui est étrange. Plus encore, sur le site web du collège, il n’y a aucune information sur la direction.

Bref, ce Collège n’est dirigé par personne, et il s’exprime par l’entremise d’une porte-parole. Jeune reporter en 1973, j’ai eu à couvrir une contestation étudiante au Collège de Maisonneuve. C’est le directeur général, le regretté Roland Arpin, qui m’avait accueilli et répondu à mes questions. Bien sûr, o tempora o mores, comme disaient les Romains. Autre temps, autre mœurs.

L’anonymat persistant du principal responsable du Collège de Maisonneuve demeure troublant.

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 Image : Courrier du Sud

jeudi 18 février 2016

CLAUDE JUTRA : UNE AFFAIRE RÉVÉLATRICE

C'est un signe de notre époque un peu échevelée que le déroulement de l'affaire Jutra. En moins d'une semaine, le cinéaste décédé en 1986 est passé d'icône culturelle respectée à un déchet de l'histoire que plus personne, avec raison, ne veut plus ni toucher ni voir.

Les révélations sur le passé pédéraste du cinéaste sont apparues dans l'espace médiatique la fin de semaine dernière. Hier, mercredi, tout était fini. Le gala changera de nom, de même que le prix accordé aux meilleurs de nos cinéastes. Une petite mésentente subsiste sur la date du gala, que d'aucuns souhaiteraient reporter de quelques mois, mais tous s'entendent sur le sort réservé dans l'espace public à Claude Jutra. Les rues et place publiques qui portaient son nom seront rebaptisées, et on passera à autre chose.


L'éclair
Ce qui s'est passé, depuis quelques jours à peine, aurait été impensable il y a. Les outils pour influencer cette opinion étaient plus limités. Puis, le silence régnait encore beaucoup dans notre société à l'égard des autorités, certes, mais aussi des vedettes et des artistes. Leur vie réellement privée, on n'y touchait pas. Ça ne nous regardait pas, pensait-on.

Enfin, la médiatisation était limitée. Une révélation sur la préférence sexuelle de Jutra envers les jeunes garçons ne se serait pas rendue dans les médias. À l'époque, les nouvelles « artistiques » sur la vie des vedettes ou sur les spectacles n'étaient pas des nouvelles. On préférait laisser cela à Écho-vedettes.
Aujourd'hui, en 2016, rien de cela n'existe plus, heureusement. L'information est à la fois partout et instantanée. Les médias sont omniprésents et multiformes. L'information se répand à la vitesse de la lumière. Ce qui fait, en définitive, que le « procès » in absentia de Claude Jutra et son lynchage ont lieu à la vitesse de l'éclair.

Un réel progrès
À mon âge vénérable (71 ans), on pourrait croire que je regrette l'ancien temps de l'information. Il m'arrive certes de déplorer du travail journalistique bâclé, ou de regretter que des journalistes, manifestement, n'aient pas eu le temps de fouiller davantage leurs histoires. Qui bene amat, bene castigat… Qui aime bien châtie bien, disaient les anciens Romains.

Cela dit, je me réjouis grandement des progrès que l'affaire Jutra met en relief. D'abord, cette affaire nous dit que l'information est plus libre qu'il y a 40 ans, quand j'étais journaliste. Elle est plus libre et elle circule plus librement, grâce, notamment, à Internet et à la multiplication des plateformes de diffusion.
Deuxièmement, si nous avons connu une libéralisation des mœurs depuis 50 ans, il demeure que le comportement de Claude Jutra durant sa vie a fait l'objet d'une condamnation générale, au point que les hommes et femmes politiques n'ont pas procrastiné avant d'annoncer les changements que la situation exigeait. Le public ne l'aurait pas toléré.

Enfin, cet épisode démontre que dans notre société, nous sommes encore capables d'une forte indignation collective face à des comportements immoraux ou amoraux dont notamment les enfants sont les victimes.
Si on ajoute à cela l'émoi créé récemment par l'exploitation sexuelle des jeune fugueuses, on doit se réjouir de voir que notre société demeure saine. Voilà qui fait un bien immense.

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Image : Cinémathèque québécoise

mardi 5 janvier 2016

JEAN-PAUL L'ALLIER NOUS A QUITTÉS

Comme tout le monde, j'ai appris tôt mardi matin la nouvelle qu'on aurait espéré ne pas apprendre aussi rapidement. Jean-Paul L'Allier nous a quittés la nuit dernière.

Après Monsieur Parizeau l'an dernier, voici qu'un autre acteur important de l'histoire du Québec et de l'histoire de Québec vient de s'éteindre et de passer à la postérité.
 
Originaire de la région de Vaudreuil, Jean-Paul L'Allier n'était pas un « né natif » de Québec, comme disent les Québécois de vieille souche. Mais son amour pour la ville de Québec et les remarquables, durables et heureuses transformations qu'il a apportées à la Capitale du Québec ont illustré l'amour profond de Jean-Paul pour sa ville d'adoption.
 
La mise sur pied de la Commission de la Capitale nationale du Québec par le gouvernement de M. Parizeau à l'instigation de Jean-Paul L'Allier fait partie de ces transformations structurelles dont profite encore aujourd'hui Québec et toute la province.
 
Avant même l'épisode des fusions municipales de 2001, Jean-Paul L'Allier savait réunir, échanger, écouter et décider. J'ai été un témoin privilégié de son action mois après mois après la mise sur pied, en 1998, du Comité Québec Capitale dont le but était de rappeler au gouvernement québécois du jour, peu importe sa couleur politique, que son devoir élémentaire lui imposait de gouverner à partir de Québec.
 
Jean-Paul L'Allier aimait rappeler le comportement de premier ministre Daniel Johnson père. Lors de l'Expo 67, les chefs de gouvernement et les chefs d'état qui souhaitaient rencontrer le premier ministre du Québec devaient le faire à Québec, la capitale, comme il se devait.
 
Constatant une certaine dérive du gouvernement québécois à cet égard, Jean-Paul L'Allier mit alors sur pied ce bien-nommé Comité Québec Capitale à l'extérieur des structures municipales établies. Pour le présider, il fit appel au recteur de l'Université Laval de l'époque, le regretté François Tavenas, et réunit autour de cette table l'ensemble des principaux décideurs politiques, économiques et sociaux de la capitale, les deux rives du Saint-Laurent confondues.

Ce Comité se réunissait mensuellement et ses membres faisaient état de gestes politiques gouvernementaux qui, par simple indifférence, s'étaient déroulés dans la métropole ou ailleurs au Québec au lieu de l'être à Québec. Jamais le Comité ne s'est immiscé dans la partisannerie, et il a agi de la même façon avec des gouvernements péquistes ou libéraux. Avec le temps, le Comité Québec Capitale est devenu un lobby influent auprès du gouvernement du Québec pour que ce dernier soit conscient du devoir de diriger le Québec à partir de sa capitale.

Les fusions de 2001 ont créé une ville de Québec plus forte, davantage consciente de son rôle de capitale politique du Québec. Le Comité Québec Capitale est peu à peu disparu, son rôle étant assumé par les autorités de la ville nouvelle de Québec. Ce groupe discret de dialogue, d'échanges et de pression n'aurait jamais existé  sans un Jean-Paul L'Allier capable de réunir, de rassembler même des gens qui ne pensaient pas nécessairement comme lui. On oublie trop facilement cet autre fait que pendant huit de ses seize années comme maire, Jean-Paul L'Allier fut minoritaire au Conseil municipal de la ville de Québec. Il a su pourtant conjuguer avec son opposition, la consultant et écoutant ses avis. Il me disait souvent que son opposition améliorait ses projets. Jamais le dialogue ne le lassait.

Jean-Paul L'Allier fut un grand serviteur de l'État, un maire visionnaire pour Québec et un amoureux inconditionnel de la démocratie municipale et du Québec tout entier.
 
À son épouse, ses enfants et ses proches, j'offre mes plus sincères condoléances et l'expression de ma sympathie.
 
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jeudi 10 décembre 2015

NOS PREMIERS RÉFUGIÉS SYRIENS ET NOS MÉDIAS


Les premiers réfugiés syriens devraient arriver à Toronto demain et à Montréal samedi. À tous ces réfugiés qui fuient un pays engagé dans une guerre horrible, je dis : soyez les bienvenus au Canada et au Québec. J'espère que vous trouverez ici un pays accueillant, pacifique et humain qui saura vous aider à reprendre parmi nous une vie normale et, je vous le souhaite, la plus heureuse possible.

Je suis convaincu que les représentants consulaires canadiens qui vous ont rencontrés en Turquie, en Jordanie ou au Liban vous ont fourni d'amples explications sur le pays où vous arrivez. Je ne veux pas ajouter à leurs descriptions. Quand vous arriverez au Québec, samedi, j'aimerais vous dire un mot de nos médias. Notez que ce ne sera pas mieux à Toronto, mais je parle ici de Montréal.

Vous allez voir ces médias électronique arriver en groupes compacts, toutes lumières de caméras allumées. D'abord, sachez qu'ILS NE SONT PAS DANGEREUX. 
 
Ils ne vous frapperont pas. Vous demeurez libre de ne pas leur répondre. Ces médias seront là, à vous attendre avec caméras, lumières et micros. Ce sont les plus dangereux, et en même temps, les plus inoffensifs. Dès qu'ils auront une chance de s'approcher de vous, ils vont vous demander des questions très, très profondes et très, très réfléchies.
 
Question profondes...

Première question profonde : « Comment vous sentez-vous en arrivant ici ? »

Réponse suggérée : « Je suis content(e), mais un peu fatigué(e). » (Vous serez déjà très apprécié(e).)
 
Deuxième question profonde : « Que pensez-vous du Canada ? »

(Bien sûr, à l'aéroport, vous n'avez encore rien vu du Canada, du Québec, de Montréal, puisque vous serez encore à l'aéroport. Ou si peu.)

Réponse (suggérée) à la deuxième question profonde : « Je suis très heureux (se) d'être enfin arrivé dans votre beau pays. »

Ces « journalistes » seront alors enchantés, hors d'eux-mêmes. Il se peut même que quelques vedettes de la télévision ne pensent pas momentanément à leur coiffure et négligent une fraction de leur apparence. C'est vous dire l'effet de vos mots, même s'ils sont peu nombreux.

N'oubliez pas, chers réfugiés, de répéter qu'après un vol de neuf heures, vous êtes (e) content(e), mais un peu fatigué(e). Cela ajoutera une touche de « human  interest » au reportage du journaliste de la télé. Il risque d'y avoir une troisième question (de la part des plus intellectuels de ces journalistes de la télé, ceux qui vivent sur le Plateau - on vous expliquera cela plus tard, car ce n'est pas très important).

Troisième question profonde : « Qu'allez-vous faire demain, et où allez-vous vous installer ? »

À cela, je vous conseille de répondre au journaliste de poser sa question aux gens et aux organismes qui s'occupent de votre accueil. IL NE VOUS EN VOUDRA PAS.  Il aura eu sa « clip sonore ». Ça lui suffit.

Si un journaliste de la presse écrite souhaite échanger avec vous, n'hésitez pas : il veut faire de l'information, pas donner un spectacle. Vous le reconnaîtrez à sa tenue vestimentaire négligée, et au fait qu'il est seul, sans caméra de télévision.

Un dernier mot. Vous êtes arrivés dans un pays de liberté, et cette liberté vous permet de ne pas parler à la presse si vous n'en avez pas le goût ou l'envie. Rappelez-vous-en. J'espère que cette petite leçon sur nos médias vous sera utile, si vous la lisez.

À nouveau, bienvenue dans ce havre de liberté qu'est le Canada. Je vous souhaite le mieux pour la suite de votre vie et celle de votre famille ici.

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Crédits image :
Réfugié syrien : ONU
Médias : ABC
 

 

 

 

 

 

 

mercredi 2 décembre 2015

MES VIEUX DÉMONS…

Voilà que la Cour supérieure du Québec reporte au moins jusqu’en février l’application de certaines dispositions de la loi sur les soins de fin de vie, aussi appelée la loi sur « l'aide médicale à mourir », qui devait entrer en vigueur dans 10 jours.

Cette suspension de l'application de cette loi québécoise tant que certains articles du Code criminel de juridiction fédérale n'auront pas été changés donne lieu à un chassé-croisé de déclarations et de réactions toutes assez prévisibles. Véronique Hivon, la « mère » de la loi québécoise, dénonce l'intrusion fédérale. Elle est députée péquiste et pour elle, le pays, c'est le Québec. Notre pays réel, cependant, c'est le Canada.

La ministre de la justice, Stéphanie Vallée, a annoncé que Québec portera en appel ce jugement de la Cour supérieure. «Pour nous, il est clair que la loi québécoise est valide, la loi québécoise encadre de façon très claire les soins de fin de vie qui seront offerts aux patients québécois, incluant l’aide médicale à mourir», a-t-elle dit.

Tant Madame Vallée que le ministre Gaétan Barrette ont clamé haut et fort que la loi québécoise sur les soins de fin de vie n'était pas une aide au suicide assisté ou de l'euthanasie, mais bien une loi « sur des soins de santé ».

Êtes-vous sûrs ?

 J'essaie ici de comprendre. Faire une injection qui met fin à la vie, c'est « un soin de santé ». Mettre fin à une vie, c'est « un soin de santé ». Je sais que je suis loin d'être le plus intelligent (je laisse cela à d'autres), mais j'ai quand même fait des études classiques. J'ai appris le vocabulaire, la grammaire, la philosophie, etc.

J'ai appris, en toute logique, que mettre fin volontairement à une vie, ça s'appelle tuer. J'ai aussi appris que si une personne met fin volontairement à sa vie, ça s'appelle un suicide. Peu importe la façon dont on en parle ou dont on enrobe cela, ça ne peut surtout pas être un « soin de santé », à moins de dépouiller les mots de leur sens le plus simple et le plus profond.

On a beau user et abuser de toutes les périphrases possibles comme « aide médicale à mourir », « mourir dans la dignité », « geste de compassion », il reste que la réalité est plus crue que cela : mettre fin volontairement à la vie d'un autre, ça s'appelle tuer; mettre fin volontairement à sa vie, ça s'appelle un suicide. L'échappatoire est impossible.

J'ajoute, enfin, qu'un médecin qui accepte de pratiquer une injection pour mettre fin à la vie d'un patient qui l'a demandée assiste un suicidaire et viole son serment d'Hippocrate. Il pratique, dans les faits, une euthanasie.

Voilà. Mes vieux démons sont sortis de mon placard. Ce n'est pas très important car mon opinion ne compte pas beaucoup et que je ne veux faire de leçon à personne. Mais je tiens à dire publiquement que je ne fais pas partie du « large consensus » qu'invoquent nos politiciens et politiciennes. Tuer une personne, même par compassion, ou assister un suicidaire dans son geste, je regrette de devoir le dire, mais c'est mal.
 
Même si j'étais le seul dans mon coin à avoir cette opinion, je continuerai à dire que c'est mal.


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mardi 17 novembre 2015

ATTENTATS DE PARIS : DÉSESPÉRER ?

Tout et son contraire a été dit et écrit sur les attentats de Paris jusqu'ici. L'éventail des sentiments s'est étalé dans les images, dans les textes et sur les visages des gens, au premier chef bien sûr des trop nombreuses personnes directement touchées par cette tragédie innommable. Beaucoup de colère, d'incompréhension, de révolte et surtout, de tristesse, une profonde tristesse.

Les acteurs politiques ont tenu leurs propos habituels en pareille circonstances. Devant les parlementaires, le Président de la République française a été particulièrement agressif face aux actes de l'ÉI, énonçant des phrases qu'on pourrait qualifier, si on ose créer ce néologisme, de « bushiennes ». M. Hollande a parlé de « l'armée de terroristes » qu'il faut non pas défaire, mais bien éradiquer. Ce n'est pas rien. Joignant le geste aux paroles, la France a déjà intensifié ses attaques aériennes contre des cibles en territoire contrôlé par l'ÉI.

Par delà l'horreur compréhensible suscitée par les assassinats gratuits de vendredi soir, il ne faut jamais oublier que le président français est aussi en campagne électorale pour les élections régionales du 6 et 13 décembre et qu'il doit décider s'il sera candidat à un second mandat à la présidence de l'État français. Cela aussi fait partie de la réalité.

Pour notre part, notre jeune premier ministre a refusé de tomber dans l'enflure verbale ambiante. Il a eu raison. Bien sûr, les chroniqueurs le lui reprochent sévèrement. Un premier ministre canadien qui se retient de lancer des déclarations enflammées, ce n'est pas très excitant… On lui reproche même de vouloir s'en tenir à ses engagements électoraux (retrait des six F 18 au Moyen-Orient, accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada d'ici la fin de l'année) et on lui conseille d'un côté, d'être plus guerrier et de l'autre, moins accueillant. Certes, il va de soi que les mêmes chroniqueurs et commentateurs sont fins prêts à le crucifier s'il ne respecte pas ses promesses électorales…

Tout cela est de la politique. Nos politiques reflètent aussi une inquiétude profonde chez les citoyens en France, certes, mais aussi ailleurs dans le monde, incluant le monde musulman qui est le monde ayant le plus souffert jusqu'à maintenant de ces gestes barbares. En passant, de ce côté-ci de l'Atlantique, qui s'était vraiment soucié du double attentat à la bombe, la semaine dernière, dans un quartier du sud de Beyrouth, qui a fait au moins 43 morts et 239 blessés, selon le dernier bilan officiel ?* Poser la question, c'est y répondre.
Les actes terroristes sont conçus justement pour créer un sentiment permanent de terreur au sein des sociétés. Ce sentiment est corrosif, et s'attaque à la cohésion sociale sans laquelle vivre de façon civilisée n'est pas possible. Cette terreur mène aussi au désespoir et au découragement. Ce sont ces sentiments que les terroristes veulent créer, et c'est à cela qu'il ne faut surtout pas succomber.

Toutes les communautés qui, d'Oklahoma City à New-York, de Mumbai à Madrid, de Beyrouth à Paris et en combien d'autres endroits, toutes les communautés qui se sont reprises en main, ont nettoyé les lieux, pleuré leurs morts et blessés et repris le travail quotidien, toutes ces communautés nous ont donné une leçon non seulement de courage, mais aussi de civilité et de civilisation. Reprenant une vie normale malgré la douleur, ces communautés ont fait mentir et continuent de faire mentir les terroristes qui ont cherché à les paralyser. Elle continuent également de faire mentir les nombreux prophètes de malheur qui s'agitent dans trop de médias complaisants. C'est ce que Paris fait ces jours-ci.

Notre monde n'est pas parfait, certes, mais il démontre à tous les jours que la civilisation l'emportera toujours sur la barbarie, la force de caractère sur la terreur, les plaisirs simples de tous les jours sur les idéologies totalitaires, théologiques ou non.
 
 
Image : The Guardian (via Internet)
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mardi 6 octobre 2015

LES EAUX USÉES DE MONTRÉAL DANS LE SAINT-LAURENT

Les médias nous cassent les oreilles ces jours-ci avec le déversement prévu de 8 milliards de litres d'eaux usées, soit 8 millions de mètres cubes. C'est très regrettable, ce déversement.

Tentons maintenant de le mettre en perspective.

En 2012, sur le fleuve Saint-Laurent, la crue a été hâtive et les débits ont diminué rapidement par la suite pour afficher des valeurs sous la barre de 7 500 m3/s durant une période prolongée à partir du milieu de l’été  (Voir http://planstlaurent.qc.ca/fr/suivi_de_letat/fiches_de_suivi/evolution_
des_niveaux_et_debits_du_fleuve_saint_laurent.html
. )

Or, 7 500 m3/s durant 24  heures égalent 10 800 000 mètres cubes (dix millions 800 mille mètres cubes).

Sur 10 jours de déversements prévus, le débit total du fleuve sera donc de 108 millions de mètres cubes.

Le déversement des eaux usées prévu par la ville de Montréal équivaudra à 8,64 % du débit total du fleuve tel que mesuré en 2012 à Sorel.

Suis-je dans le champ ? Dans les patates ? Je l'ignore.
 
Mais en faisant cette courte recherche et ces calculs élémentaires, j'ai tenté de mettre le fameux « 8 milliards de litres d'eaux usées » en perspective quant au volume.
 
Ce que je n'ai vu nulle part dans nos gazettes écrites et parlées.
 
Hélas.
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vendredi 4 septembre 2015

UNE COALITION AU SOL CONTRE L'ÉTAT ISLAMIQUE ?

Depuis le démembrement de l'Empire ottoman après la première Guerre mondiale, le Moyen-Orient a toujours été une poudrière. Ses immenses ressources pétrolières et le conflit entraîné par la création d'Israël en 1948 ont fait de cette région du monde un foyer de tensions permanentes, auxquelles le retour en force de l'Islam radical est venu ajouter un important élément additionnel.

Comme si tout cela n'était pas déjà suffisant, l'intervention unilatérale irréfléchie des États-Unis en Irak en 2003 a contribué à déstabiliser encore plus la région.

Puis, depuis quelques années, alors même que la Syrie est ravagée par une interminable guerre civile, que l'Irak se déchire entre Chiites, Sunnites et Kurdes et que l'Iran tente un timide retour au sein  de la communauté internationale, voilà que le cancer du jihadisme islamique, sous l'appellation d'État islamique, vient miner davantage la région.

Ce qui est nouveau avec l'apparition de ces nouveaux barbares de l'État islamique, c'est que les états où les insurgés islamistes réussissent à arracher du territoire sont  ouverts aux attaques aériennes par des pays membres de l'OTAN autant que par les pays arabes voisins.


Pourtant, les attaques aériennes de la coalition ne connaissent qu'un succès mitigé qui n'empêche pas l'État islamique de gagner du terrain au sol. Il est temps que la communauté internationale fasse davantage.

L'exemple de 1939-1945
Dans les années 1930, il a fallu du temps et la fin de beaucoup d'illusions pour que les pays concernés réalisent l'ampleur de l'horreur sociale et humaine que fut le nazisme. Mais ce n'est pas l'horreur qui a d'abord poussé les pays à agir. L'Angleterre et la France avaient signé un protocole en vertu duquel ils viendraient en aide à la Pologne si celle-ci était attaquée. Hitler a parié que les Anglais et les Français ne feraient rien, comme cela avait été le cas en 1938 avec la Tchécoslovaquie. Hitler a perdu son pari et son agression contre la Pologne a entraîné la seconde guerre mondiale.

Puis, dans un geste que les historiens n'arrivent toujours pas à expliquer, alors que les Etats-Unis n'avaient déclaré la guerre qu'au seul Empire du Japon, c'est Adolf Hitler qui a unilatéralement déclaré la guerre aux Etats-Unis trois jours après l'attaque japonaise à Pearl Harbour. 

On connaît le reste. Les Alliés se sont unis et ont fini par défaire en Europe l'Allemagne nazie et, en Asie, l'Empire japonais dont les massacres humains n'ont pas eu beaucoup à envier à ceux des nazis.

Face à l'État islamique, il est temps que les pays civilisés du monde se décident à mettre fin à ce cancer qui ronge le Moyen-Orient et qui inspire le terrorisme international. Il faut éradiquer cet État islamique, comme on éradique de la mauvaise herbe ou comme on tue un chien enragé.

Pour atteindre ce résultat, les attaques aériennes ne suffisent manifestement plus. Il faut, comme le veut l'expression, « des bottes au sol ».  Il y a 25 ans, les États-Unis ont accepté que soit formée une large coalition pour chasser l'Irak de Saddam Hussein du Koweit qu'il avait envahi et pillé. Cette coalition, sous l'égide de l'ONU, incluait nombre de pays arabes inquiets des visées hégémonistes du dictateur irakien. Nous en sommes là aujourd'hui, face à l'État islamique.

Cette insurrection inquiète non seulement le monde, mais aussi tous les pays du Moyen-Orient. Le comportement des jihadistes est d'une barbarie humaine insoutenable, en même temps que d'une hargne ignoble et inacceptable du patrimoine culturel de l'humanité.
 
Il faut maintenant que les pays du monde, avec un mandat des Nations Unies, s'unissent pour écraser ce cancer qu'est l'État islamique.
 
Cela ne règlera pas tous les problèmes du Moyen-Orient, mais cela apporterait une pierre de plus à l'esquisse de solutions à moyen et long terme pour que la paix revienne dans une région du monde qui ne l'a pas beaucoup connue depuis un siècle.
 
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Images : Internet

samedi 29 août 2015

UN MONDE INQUIÉTANT


Ce monde, cette époque sont troublants. Inquiétants, même. La chute du Mur de Berlin et l'effondrement du communisme d'état dans la dislocation de l'URSS au début des années 1990 semblaient ouvrir la porte à une ère nouvelle et pacifique. Il n'en fut rien.

À la menace soviétique succéda la menace terroriste, qui perdure. Des États, en apparence stables, se sont fractionnés, comme la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie. De l'Écosse au Québec en passant par la Catalogne, les tentations sécessionnistes demeurent présentes.
Les États-Unis, présumés « vainqueurs » de la Guerre froide, n'ont pas réalisés qu'ils étaient devenus un colosse aux pieds d'argile. Ses dirigeants, aveugles face aux nouvelles donnes mondiales, ont continué à se comporter en policiers du globe, alors qu'ils n'en avaient plus ni la force ni les moyens.

Objets d'attaques graves du terrorisme en 1993 et en 2001, les États-Unis ont démontré une réaction primaire, démagogique même. Après l'attentat du 11 septembre 2001 à New York, les Américains ont renforcé leur contrôle autoritaire en politique intérieure (le « Homeland Department ») et agressé l'Irak pour déposer Sadam Hussein. Ils se sont aussi embourbés, sous couvert d'un mandat de l'ONU, en Afghanistan, eux qui ne semblent pas se rappeler de l'histoire de la guerre du Vietnam. Le résultat, c'est que l'Irak est déstabilisé, et que le Moyen-Orient est plus dangereux que jamais.

Lorsque le « printemps arabe » a commencé, l'Europe et les États-Unis ont applaudi chaleureusement les soulèvements populaires dans les pays arabes, les ont même encouragés sans réaliser à quel point une large partie de ces soulèvements était animée par des islamistes radicaux financée par une Arabie saoudite avec laquelle les Occidentaux continuent à avoir de bonne relations. Dans la foulée de ce fameux printemps arabe, les Américains ont aussi laissé l'OTAN et la France décapiter la Libye en participant à l'hallali aérien contre le gouvernement de Kadhafi. La Libye n'a toujours pas, à ce jour, de gouvernement digne de ce nom.
L'autre résultat, c'est que la Syrie est devenue un champ de bataille humainement atroce entre le gouvernement El-Assad et l'opposition, un champ de bataille où l'État islamique occupe une bonne partie du territoire en continuant à perpétrer ses atrocités contre les personnes et son vandalisme destructeur contre le patrimoine de l'humanité.

Plus au Nord, la Russie de Poutine, le nouveau Tsar, rêve de reconstituer son empire perdu en1990. Réoccupation de la Crimée, aucun respect pour la frontière orientale de l'Ukraine, démonstrations militaires, rien n'est trop beau ou coûteux pour que la Russie démontre à la face du monde qu'elle est redevenue une puissance sur l'échiquier mondial. Pendant ce temps, les dirigeants occidentaux de l'Europe et des Amériques se tordent les mains de désespoir et donnent littéralement des coups de mouchoirs sur le poignet de Poutine. Un peu comme Daladier et Chamberlain face à Hitler en 1937 ou 1938.
 
En Asie, le colosse économique chinois connaît des difficultés alors que sa croissance échevelée ralentit. Combien de temps les Chinois vont-ils accepter le gouvernement d'un parti unique… On ne le sait évidemment pas. Mais qui, à part quelques spécialistes, aurait pu prédire en 1988 l'effondrement du soviétisme et la fin de la division de l'Allemagne ?

Les monde est inquiétant ? Certes. Il le serait à moins. Il n'est pas nécessaire d'être un spécialiste des questions internationales pour comprendre cela. Nous vivons une époque instable, donc dangereuse.
 
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