Je ne oeux m'empêcher de reprendre ici un texte paru dans Facebook. Il vaut la peine d'être lu jusqu'à la fin.
Sartre, un déchet intellectuel que des
Français adorent encore.
19 mai 2026
« Sartre a soutenu Staline pendant le
goulag. Sartre a soutenu Mao pendant la Révolution culturelle.
Sartre a préfacé Fanon en transformant la
violence anti-coloniale en hygiène mentale ("abattre un Européen, c'est
faire d'une pierre deux coups").
Sartre est allé visiter Andreas Baader dans
sa prison de Stammheim en 1974 et en est ressorti en défendant le terroriste.
Sartre a signé en 1977, avec Beauvoir,
Foucault, Derrida, Barthes, la pétition pour la dépénalisation des rapports
sexuels entre adultes et mineurs de 13 ans.
Il faut s'arrêter une seconde sur cette
liste. Parce qu'elle est sans équivalent dans l'histoire intellectuelle du XXe
siècle. Il n'existe pas un seul grand basculement totalitaire ou criminel du
siècle dernier que Sartre n'ait, à un moment, justifié, excusé, ou refusé de
condamner. Quand le siècle a fabriqué un cauchemar, Sartre a tenu la porte
ouverte.
Et pourtant, il est au programme.
Du bac.
De l'agrégation.
Des manuels.
Des thèses.
Sa rue à Paris.
Ses cendres au cimetière du Montparnasse,
en pèlerinage.
Sa statue intellectuelle intacte.
On enseigne L'Existentialisme qui est un
humanisme à des lycéens de seconde comme on enseignerait un sermon de Bossuet.
Ce n'est pas Sartre, le scandale.
Sartre n'est qu'un homme (avec ses
lâchetés, ses fanatismes, son théâtre intime de la radicalité).
Le scandale, c'est nous.
Le scandale, c'est qu'une civilisation
entière ait décidé, collectivement et silencieusement, qu'être systématiquement
du côté des bourreaux n'était pas disqualifiant pour devenir le grand
intellectuel d'une nation.
Comparez avec Raymond Aron.
Aron a eu raison sur tout.
Sur Staline, sur Mao, sur les goulags, sur
le totalitarisme, sur la décolonisation, sur la guerre froide, sur l'économie
de marché, sur l'Europe.
Tout.
Il a écrit L'Opium des intellectuels en
1955, soit trente ans avant que la gauche française ne découvre, embarrassée,
qu'effectivement Soljenitsyne ne mentait pas.
Aron a eu la lucidité d'un siècle entier,
condensée dans une œuvre limpide, écrite dans un français de précision
chirurgicale.
Aron n'est pas au programme.
Aron n'a pas de rue.
Aron n'a pas de Panthéon.
Quand on parle d'Aron, c'est avec ce petit
haussement d'épaules qui veut dire "oui, intéressant, un peu froid, un peu
de droite, vous savez".
Sartre, lui, c'est l'incandescence,
l'engagement, la jeunesse, la flamme.
La phrase de Merleau-Ponty est restée
célèbre : "mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron".
Elle n'est pas anodine. Elle est l'aveu
décisif. Elle dit explicitement ce que la France cultivée a décidé tacitement
pendant soixante-dix ans. Qu'avoir raison est moins important qu'être du bon
côté. Que la vérité est un détail bourgeois. Que ce qui compte n'est pas la
justesse de l'analyse mais la pureté de la posture.
Ce que ça révèle est terrible. Une
civilisation choisit ses prophètes, et ce choix la définit pour cent ans. La
France a choisi le brillant flatteur de bourreaux contre le sobre analyste de
la réalité. Et elle a payé ce choix au prix fort. Une classe intellectuelle
entière, formée à la révérence sartrienne, a appris que l'engagement compte
plus que l'exactitude, que la générosité de surface compte plus que les
conséquences réelles, qu'aimer "le peuple" en théorie autorise à
mépriser les gens en pratique.
Toute la pathologie de l'intellectuel
français contemporain est déjà là. » - Guy de Plinval
Sartre, un déchet intellectuel que des
Français adorent encore.