J'étais en Rhétorique en 1963.
Ce qui correspond en langage d'aujourd'hui à la deuxième année du Cégep. Au
Collège, nous n'étions que des gars. À 500 mètres, il y avait un autre collège,
rempli de filles, mais les contacts entre gars et filles sur les terrains des
institutions étaient interdits. C'était l'époque.
Nous avions un professeur de latin,
Monsieur L. Il n'était pas grand, il était hésitant et semblait peu sûr de lui,
mais c'était un homme d'une grande gentillesse, trop même. Donc, une proie
facile pour des collégiens toujours prêts à rigoler. Quelques confrères de
Belle-Lettres (ou 1ière année de Cégep) décidèrent de jouer un tour à Monsieur
L.
À la fin d'un cours (juste
avant la pause de l'avant-midi, ils se rassemblèrent en groupe autour de
Monsieur L pour lui poser toutes sortes de questions sur le travail à faire.
Pendant qu'un groupe l'occupait ainsi, un autre luron décrochait le crucifix de
la classe et le glissait subrepticement dans la serviette du bon professeur. La
classe terminée, tout ce beau monde s'égailla.
Le lendemain, devant le même groupe,
Monsieur L pria la classe de lui accorder un moment avant que le cours ne commence.
Puis sortant le crucifix de sa serviette, il dit aux étudiants: « Hier soir, j'ai
retrouvé ce crucifix dans ma serviette. J'étais tout étonné. L'aurais-je
décroché sans m'en rendre compte ? Est-ce que quelqu'un m'a vu le faire ?»
Évidemment, personne ne dit mot et les responsables du tour faisaient tout en
leur pouvoir pour ne pas éclater de rire. Finalement, Monsieur L demanda à l'échalote
de la classe de raccrocher le crucifix à sa place, et ceci mit une fin à
l'histoire.
Dans ce vrai collège qu'est
le Parlement de Québec, n'y aurait-il pas un ou deux députés rigolos sur les
125 pour jouer ce même tour en 2013 ? S'ils faisaient disparaître ce crucifix,
ce n'est pas Monsieur L qu'ils embêteraient (de toute façon, que Dieu ait son
âme), c'est tout le Québec à qui ils rendraient un fier service...
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