jeudi 13 août 2026

LA MOUTARDE

J’ai un petit problème, et ce problème vient de la moutarde, aujourd'hui, en 2026. Quand j’étais un petit garçon, chez mes parents, on consommait de la moutarde de marque Condor. De temps en temps, c’était la Schwartz. Parfois, de la moutarde sans nom.

Je ne parle pas ici des moutardes fines ou raffinées : moutarde de Dijon, moutarde ancienne, etc. Je parle de la moutarde ordinaire, de tous les jours, qu’on met avec délices dans un hot dog ou un hamburger, ou encore dans un bon sandwiche au jambon.

Toutes moutardes nous arrivaient dans des pots en vitre, avec un couvercle en plastique ou en métal. Quand le pot était presque vide, après avoir utilisé le couteau au maximum, on utilisait une petite spatule pour ramasser jusqu’au dernier atome de moutarde dans le pot. Le pot et son couvert, comme c’était l’habitude dans les années 1950 et 1960, s’en allaient à la poubelle. Et quand on avait besoin de moutarde, on ouvrait un nouveau pot.


Fin des pots

Puis, au cours des années 2000 ou 2010, tranquillement et sans avertissements, les pots de moutarde ont été remplacés par des contenants en plastique souple, munis d’un petit bouchon par lequel, en virant le pot à l’envers et en pressant le contenant, on pouvait obtenir notre moutarde tant désirée.



            En même temps, les pots de vitre sont disparus. Tout bêtement. Comme ça. Au début, on a eu à s’habituer. Allez, ce n’est pas la fin du monde. Mais…

            Sauf que les pots, on pouvait récupérer la moutarde jusqu’au dernier atome de moutarde. Pour ce qui est des contenants en plastique souple, oubliez cela. Une fois toute la moutarde utilisée en pressant le pot à l’envers, on a beau secouer de haut en bas le contenant, n’en sortent que des gouttes.

            Si on veut gratter les parois internes du pot de plastique, c’est impossible : l’ouverture est trop petite et vous ne voyez pas ce que votre minuscule spatule a pu ramasser ou non. Bref, au lieu de pots de verre recyclables à l’infini, nous devons acheter des pots de plastique pratiquement impossible à recycler, dont le retour à ses composants naturels (pétrole, pétrole, pétrole) prendra des dizaines, sinon des centaines d’années. Et je ne vous parle pas de la moutarde perdue en raison du contenant de plastique souple.

            Voilà ce qu’on appelle le progrès, aujourd’hui. Vive le capitalisme. Enfin, quelqu’un osera-t-il soulever la question des contenants de moutarde au cours de la prochaine campagne électorale ? Je n’ai pas encore goûté à un hot dog avec de la moutarde de Dijon. Pas sûr que je vais aimer…


- 30 -