jeudi 20 août 2026

NOTRE LANGUE FRANÇAISE

Voici un très beau texte, que j'emprunte à la page de Jean Bédard sur Facebook. Sa lecture en vaut la peine et doit nous inciter à réfléchir à notre langue et aux charcuteries qu'on lui inflige au nom du progrès et, selon moi, de la médiocrité.


NOTRE LANGUE FRANÇAISE


La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé …) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps.

La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression.

Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.

Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.

«Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.

Sans mot pour construire un raisonnement, la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible.

Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots.

Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots.

Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants.

Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté. Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses « défauts », abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté.»

Christophe Clavé.


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mardi 18 août 2026

La nouvelle excuse du PQ

Voilà que Paul Saint-Pierre Plamondon s'est trouvé une première raison pour « retarder » la tenue du référendum. Lucien Bouchard attendait, lui, les conditions gagnantes. On sait ce qui est arrivé par la suite.

Depuis l'étapisme de feu Claude Morin adopté en 1974 par le PQ, ce parti veut foncer en parole, et mettre des freins en réalité. Je ne suis pas surpris, et je m'attendais à quelque chose du genre de la part du chef péquiste. Voilà.

Maintenant nous le savons. Quant à savoir si cela aidera le PQ aux élections qui arrivent, je ne sais pas, mais j'ai des doutes.

Comme le répétais sans cesse Cicéron, "more of the same..."

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jeudi 13 août 2026

LA MOUTARDE

J’ai un petit problème, et ce problème vient de la moutarde, aujourd'hui, en 2026. Quand j’étais un petit garçon, chez mes parents, on consommait de la moutarde de marque Condor. De temps en temps, c’était la Schwartz. Parfois, de la moutarde sans nom.

Je ne parle pas ici des moutardes fines ou raffinées : moutarde de Dijon, moutarde ancienne, etc. Je parle de la moutarde ordinaire, de tous les jours, qu’on met avec délices dans un hot dog ou un hamburger, ou encore dans un bon sandwiche au jambon.

Toutes moutardes nous arrivaient dans des pots en vitre, avec un couvercle en plastique ou en métal. Quand le pot était presque vide, après avoir utilisé le couteau au maximum, on utilisait une petite spatule pour ramasser jusqu’au dernier atome de moutarde dans le pot. Le pot et son couvert, comme c’était l’habitude dans les années 1950 et 1960, s’en allaient à la poubelle. Et quand on avait besoin de moutarde, on ouvrait un nouveau pot.


Fin des pots

Puis, au cours des années 2000 ou 2010, tranquillement et sans avertissements, les pots de moutarde ont été remplacés par des contenants en plastique souple, munis d’un petit bouchon par lequel, en virant le pot à l’envers et en pressant le contenant, on pouvait obtenir notre moutarde tant désirée.



            En même temps, les pots de vitre sont disparus. Tout bêtement. Comme ça. Au début, on a eu à s’habituer. Allez, ce n’est pas la fin du monde. Mais…

            Sauf que les pots, on pouvait récupérer la moutarde jusqu’au dernier atome de moutarde. Pour ce qui est des contenants en plastique souple, oubliez cela. Une fois toute la moutarde utilisée en pressant le pot à l’envers, on a beau secouer de haut en bas le contenant, n’en sortent que des gouttes.

            Si on veut gratter les parois internes du pot de plastique, c’est impossible : l’ouverture est trop petite et vous ne voyez pas ce que votre minuscule spatule a pu ramasser ou non. Bref, au lieu de pots de verre recyclables à l’infini, nous devons acheter des pots de plastique pratiquement impossible à recycler, dont le retour à ses composants naturels (pétrole, pétrole, pétrole) prendra des dizaines, sinon des centaines d’années. Et je ne vous parle pas de la moutarde perdue en raison du contenant de plastique souple.

            Voilà ce qu’on appelle le progrès, aujourd’hui. Vive le capitalisme. Enfin, quelqu’un osera-t-il soulever la question des contenants de moutarde au cours de la prochaine campagne électorale ? Je n’ai pas encore goûté à un hot dog avec de la moutarde de Dijon. Pas sûr que je vais aimer…


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