lundi 20 juillet 2026

 Je ne oeux m'empêcher de reprendre ici un texte paru dans Facebook. Il vaut la peine d'être lu jusqu'à la fin.


Sartre, un déchet intellectuel que des Français adorent encore.

Thierry Saint-Viaud du Landru

19 mai 2026


« Sartre a soutenu Staline pendant le goulag. Sartre a soutenu Mao pendant la Révolution culturelle.

Sartre a préfacé Fanon en transformant la violence anti-coloniale en hygiène mentale ("abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups").

Sartre est allé visiter Andreas Baader dans sa prison de Stammheim en 1974 et en est ressorti en défendant le terroriste.

Sartre a signé en 1977, avec Beauvoir, Foucault, Derrida, Barthes, la pétition pour la dépénalisation des rapports sexuels entre adultes et mineurs de 13 ans.

Il faut s'arrêter une seconde sur cette liste. Parce qu'elle est sans équivalent dans l'histoire intellectuelle du XXe siècle. Il n'existe pas un seul grand basculement totalitaire ou criminel du siècle dernier que Sartre n'ait, à un moment, justifié, excusé, ou refusé de condamner. Quand le siècle a fabriqué un cauchemar, Sartre a tenu la porte ouverte.

Et pourtant, il est au programme.

Du bac.

De l'agrégation.

Des manuels.

Des thèses.

Sa rue à Paris.

Ses cendres au cimetière du Montparnasse, en pèlerinage.

Sa statue intellectuelle intacte.

On enseigne L'Existentialisme qui est un humanisme à des lycéens de seconde comme on enseignerait un sermon de Bossuet.

Ce n'est pas Sartre, le scandale.

Sartre n'est qu'un homme (avec ses lâchetés, ses fanatismes, son théâtre intime de la radicalité).

Le scandale, c'est nous.

Le scandale, c'est qu'une civilisation entière ait décidé, collectivement et silencieusement, qu'être systématiquement du côté des bourreaux n'était pas disqualifiant pour devenir le grand intellectuel d'une nation.

Comparez avec Raymond Aron.

Aron a eu raison sur tout.

Sur Staline, sur Mao, sur les goulags, sur le totalitarisme, sur la décolonisation, sur la guerre froide, sur l'économie de marché, sur l'Europe.

Tout.

Il a écrit L'Opium des intellectuels en 1955, soit trente ans avant que la gauche française ne découvre, embarrassée, qu'effectivement Soljenitsyne ne mentait pas.

Aron a eu la lucidité d'un siècle entier, condensée dans une œuvre limpide, écrite dans un français de précision chirurgicale.

Aron n'est pas au programme.

Aron n'a pas de rue.

Aron n'a pas de Panthéon.

Quand on parle d'Aron, c'est avec ce petit haussement d'épaules qui veut dire "oui, intéressant, un peu froid, un peu de droite, vous savez".

Sartre, lui, c'est l'incandescence, l'engagement, la jeunesse, la flamme.

La phrase de Merleau-Ponty est restée célèbre : "mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron".

Elle n'est pas anodine. Elle est l'aveu décisif. Elle dit explicitement ce que la France cultivée a décidé tacitement pendant soixante-dix ans. Qu'avoir raison est moins important qu'être du bon côté. Que la vérité est un détail bourgeois. Que ce qui compte n'est pas la justesse de l'analyse mais la pureté de la posture.

Ce que ça révèle est terrible. Une civilisation choisit ses prophètes, et ce choix la définit pour cent ans. La France a choisi le brillant flatteur de bourreaux contre le sobre analyste de la réalité. Et elle a payé ce choix au prix fort. Une classe intellectuelle entière, formée à la révérence sartrienne, a appris que l'engagement compte plus que l'exactitude, que la générosité de surface compte plus que les conséquences réelles, qu'aimer "le peuple" en théorie autorise à mépriser les gens en pratique.

Toute la pathologie de l'intellectuel français contemporain est déjà là. » - Guy de Plinval

 

Sartre, un déchet intellectuel que des Français adorent encore.