Voici un très beau texte, que j'emprunte à la page de Jean Bédard sur Facebook. Sa lecture en vaut la peine et doit nous inciter à réfléchir à notre langue et aux charcuteries qu'on lui inflige au nom du progrès et, selon moi, de la médiocrité.
NOTRE LANGUE FRANÇAISE
La disparition progressive
des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur,
participe passé …) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant,
incapable de projections dans le temps.
La généralisation du
tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de
coups mortels portés à la subtilité de l’expression.
Supprimer le mot
«mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais
également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a
rien.
Moins de mots et moins de
verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de
possibilité d’élaborer une pensée.
«Des études ont montré
qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient
directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.
Sans mot pour construire
un raisonnement, la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue
impossible.
Plus le langage est
pauvre, moins la pensée existe.
L’histoire est riche
d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray
Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes
obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens
des mots.
Il n’y a pas de pensée
critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots.
Comment construire une
pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel? Comment envisager
l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une
succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que
leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait
pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera
après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait
se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux
enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos
étudiants.
Enseignez et pratiquez la
langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée,
surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté.
Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe,
purger la langue de ses « défauts », abolir les genres, les temps, les nuances,
tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il
n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de
la beauté.»
Christophe Clavé.
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