dimanche 27 mars 2016

QU'EST DONC LE SILENCE DEVENU ?

Le silence n'est plus. La Révolution industrielle, l'invention du moteur à combustion interne, la radio, la télévision, la musique pop et rock, tout maintenant se ligue pour éradiquer le silence. Il n'y a plus de silence. Les endroits de silence, de vrai silence, sont devenus rarissimes dans le milieu urbain et péri urbain où la majorité des gens vit aujourd'hui.

Tout concourt au bruit ambiant, et personne n'y fait plus attention. La hasard et mes gènes font que je fréquente souvent, trop souvent l'hôpital. Je ne le nommerai pas: ils sont tous semblables, à cet égard. Il n'y a pas de chariot ou de civière qui ne bruisse ou ne grince. Les employés, médicaux ou non, parlent fort.

On a semé l'horrible, l'affreuse télévision dans tous les recoins et qui montre jour après jour, heure après heure, les mêmes inepties que des gens regardent néanmoins. J'écris « des gens », car ce ne sont pas tous les gens qui la regardent. Une bonne proportion, dont je fais partie, subit en silence (!) cette intrusion, cette agression visuelle et sonore insipide.
Je me suis enquis au sujet de la prolifération de cette « boîte stupide » (comme l'appellent les Britanniques), la télévision partout dans les salles d'attente de l'établissement. Il paraît que c'est pour réduire le niveau de stress de la majorité des personnes, patients ou visiteurs, présentes à l'hôpital. Voilà la dictature de la majorité stressée...

À l'extérieur, ce n'est guère mieux. Le bruit de la circulation, les klaxons, les pétarades des motos en été, le bruit de la machinerie lourde dans les chantiers routiers et autres omniprésents, les tondeuses à gazon, les souffleuses de la même pelouse, les marteaux à air comprimé, tout cela crée une cacophonie envahissante.
En hiver, nous payons cher les rares moments de silence des petits matins neigeux : le déneigement repose sur les souffleuses à neige individuelles et sur la machinerie lourde des autorités municipales génératrices de décibels assourdissants. Et en milieu rural, les "4X4", motoneiges et autres engins à moteur terrestres et nautiques brisent la quiétude environnante hiver comme été, comme si générer le bruit démontrait que l'on vit.

Évidemment, on ne reviendra en arrière. Mais l'humain a besoin de moments de silence. Pour se retrouver, pour réfléchir, pour se calmer, pour réduire son niveau de stress, pour contempler autre chose qu'un écran.
Aménager des lieux et des moments de silence malgré l'agression de bruit ambiante devient de plus un sine qua non d'équilibre pour chacun. Le défi est personnel et il sera d'autant plus difficile à relever que presque tout, dans notre société de consommation, veut nous éloigner du silence. Car le silence ne vend rien, sinon un peu de bonheur.

_____________________________________

vendredi 26 février 2016

Collège de Maisonneuve : L'INVISIBLE DG


Dans la triste saga du Collège de Maisonneuve, il y a un élément qui est troublant. L’an dernier, lors des démêlées qui ont mené à l’annulation du bail consenti à Adil Charkaoui, l’imam et prédicateur autoproclamé, jamais on n’a vu ou entendu le directeur général du Collège prendre la parole devant les caméras et les micros pour expliquer ce qui se passait, pour énoncer les positions de l’institution.  Le travail a été confié à une directrice des communications, excellente par ailleurs. Cette année, en 2016, la polémique reprend au Collège de Maisonneuve. Encore une fois, c’est la directrice des affaires corporatives qui affronte les médias et répond à leurs questions, de façon compétente.

Cependant, tous les professionnels de la communication vous le diront, en matière de gestion de crise, vient un moment où c’est le « patron » qui doit s’exprimer, exposer la position de la maison et ce, pour des raisons reliées tout autant aux besoins de la communication interne que de la communication externe.

L’engagement du grand patron donne, pour le public, y inclus pour les parents des étudiants et étudiantes, un visage à l’institution. L’image du patron est aussi un outil de ralliement interne pour les employés du Collège. Ces besoins en communication requièrent plus que le travail d’un ou d’une porte-parole, quelle que soit sa compétence par ailleurs.

Ce matin, le communiqué du Collège de Maisonneuve, repris par les médias, ne parlait que de la « direction » du collège (voir http://www.cmaisonneuve.qc.ca/la-direction-du-college-de-maisonneuve-retablit-les-faits/). Nulle part, le communiqué référait au directeur général de cette institution. Voilà qui est étrange. Plus encore, sur le site web du collège, il n’y a aucune information sur la direction.

Bref, ce Collège n’est dirigé par personne, et il s’exprime par l’entremise d’une porte-parole. Jeune reporter en 1973, j’ai eu à couvrir une contestation étudiante au Collège de Maisonneuve. C’est le directeur général, le regretté Roland Arpin, qui m’avait accueilli et répondu à mes questions. Bien sûr, o tempora o mores, comme disaient les Romains. Autre temps, autre mœurs.

L’anonymat persistant du principal responsable du Collège de Maisonneuve demeure troublant.

_________________________________

 Image : Courrier du Sud

jeudi 18 février 2016

CLAUDE JUTRA : UNE AFFAIRE RÉVÉLATRICE

C'est un signe de notre époque un peu échevelée que le déroulement de l'affaire Jutra. En moins d'une semaine, le cinéaste décédé en 1986 est passé d'icône culturelle respectée à un déchet de l'histoire que plus personne, avec raison, ne veut plus ni toucher ni voir.

Les révélations sur le passé pédéraste du cinéaste sont apparues dans l'espace médiatique la fin de semaine dernière. Hier, mercredi, tout était fini. Le gala changera de nom, de même que le prix accordé aux meilleurs de nos cinéastes. Une petite mésentente subsiste sur la date du gala, que d'aucuns souhaiteraient reporter de quelques mois, mais tous s'entendent sur le sort réservé dans l'espace public à Claude Jutra. Les rues et place publiques qui portaient son nom seront rebaptisées, et on passera à autre chose.


L'éclair
Ce qui s'est passé, depuis quelques jours à peine, aurait été impensable il y a. Les outils pour influencer cette opinion étaient plus limités. Puis, le silence régnait encore beaucoup dans notre société à l'égard des autorités, certes, mais aussi des vedettes et des artistes. Leur vie réellement privée, on n'y touchait pas. Ça ne nous regardait pas, pensait-on.

Enfin, la médiatisation était limitée. Une révélation sur la préférence sexuelle de Jutra envers les jeunes garçons ne se serait pas rendue dans les médias. À l'époque, les nouvelles « artistiques » sur la vie des vedettes ou sur les spectacles n'étaient pas des nouvelles. On préférait laisser cela à Écho-vedettes.
Aujourd'hui, en 2016, rien de cela n'existe plus, heureusement. L'information est à la fois partout et instantanée. Les médias sont omniprésents et multiformes. L'information se répand à la vitesse de la lumière. Ce qui fait, en définitive, que le « procès » in absentia de Claude Jutra et son lynchage ont lieu à la vitesse de l'éclair.

Un réel progrès
À mon âge vénérable (71 ans), on pourrait croire que je regrette l'ancien temps de l'information. Il m'arrive certes de déplorer du travail journalistique bâclé, ou de regretter que des journalistes, manifestement, n'aient pas eu le temps de fouiller davantage leurs histoires. Qui bene amat, bene castigat… Qui aime bien châtie bien, disaient les anciens Romains.

Cela dit, je me réjouis grandement des progrès que l'affaire Jutra met en relief. D'abord, cette affaire nous dit que l'information est plus libre qu'il y a 40 ans, quand j'étais journaliste. Elle est plus libre et elle circule plus librement, grâce, notamment, à Internet et à la multiplication des plateformes de diffusion.
Deuxièmement, si nous avons connu une libéralisation des mœurs depuis 50 ans, il demeure que le comportement de Claude Jutra durant sa vie a fait l'objet d'une condamnation générale, au point que les hommes et femmes politiques n'ont pas procrastiné avant d'annoncer les changements que la situation exigeait. Le public ne l'aurait pas toléré.

Enfin, cet épisode démontre que dans notre société, nous sommes encore capables d'une forte indignation collective face à des comportements immoraux ou amoraux dont notamment les enfants sont les victimes.
Si on ajoute à cela l'émoi créé récemment par l'exploitation sexuelle des jeune fugueuses, on doit se réjouir de voir que notre société demeure saine. Voilà qui fait un bien immense.

__________________________________

Image : Cinémathèque québécoise

mardi 5 janvier 2016

JEAN-PAUL L'ALLIER NOUS A QUITTÉS

Comme tout le monde, j'ai appris tôt mardi matin la nouvelle qu'on aurait espéré ne pas apprendre aussi rapidement. Jean-Paul L'Allier nous a quittés la nuit dernière.

Après Monsieur Parizeau l'an dernier, voici qu'un autre acteur important de l'histoire du Québec et de l'histoire de Québec vient de s'éteindre et de passer à la postérité.
 
Originaire de la région de Vaudreuil, Jean-Paul L'Allier n'était pas un « né natif » de Québec, comme disent les Québécois de vieille souche. Mais son amour pour la ville de Québec et les remarquables, durables et heureuses transformations qu'il a apportées à la Capitale du Québec ont illustré l'amour profond de Jean-Paul pour sa ville d'adoption.
 
La mise sur pied de la Commission de la Capitale nationale du Québec par le gouvernement de M. Parizeau à l'instigation de Jean-Paul L'Allier fait partie de ces transformations structurelles dont profite encore aujourd'hui Québec et toute la province.
 
Avant même l'épisode des fusions municipales de 2001, Jean-Paul L'Allier savait réunir, échanger, écouter et décider. J'ai été un témoin privilégié de son action mois après mois après la mise sur pied, en 1998, du Comité Québec Capitale dont le but était de rappeler au gouvernement québécois du jour, peu importe sa couleur politique, que son devoir élémentaire lui imposait de gouverner à partir de Québec.
 
Jean-Paul L'Allier aimait rappeler le comportement de premier ministre Daniel Johnson père. Lors de l'Expo 67, les chefs de gouvernement et les chefs d'état qui souhaitaient rencontrer le premier ministre du Québec devaient le faire à Québec, la capitale, comme il se devait.
 
Constatant une certaine dérive du gouvernement québécois à cet égard, Jean-Paul L'Allier mit alors sur pied ce bien-nommé Comité Québec Capitale à l'extérieur des structures municipales établies. Pour le présider, il fit appel au recteur de l'Université Laval de l'époque, le regretté François Tavenas, et réunit autour de cette table l'ensemble des principaux décideurs politiques, économiques et sociaux de la capitale, les deux rives du Saint-Laurent confondues.

Ce Comité se réunissait mensuellement et ses membres faisaient état de gestes politiques gouvernementaux qui, par simple indifférence, s'étaient déroulés dans la métropole ou ailleurs au Québec au lieu de l'être à Québec. Jamais le Comité ne s'est immiscé dans la partisannerie, et il a agi de la même façon avec des gouvernements péquistes ou libéraux. Avec le temps, le Comité Québec Capitale est devenu un lobby influent auprès du gouvernement du Québec pour que ce dernier soit conscient du devoir de diriger le Québec à partir de sa capitale.

Les fusions de 2001 ont créé une ville de Québec plus forte, davantage consciente de son rôle de capitale politique du Québec. Le Comité Québec Capitale est peu à peu disparu, son rôle étant assumé par les autorités de la ville nouvelle de Québec. Ce groupe discret de dialogue, d'échanges et de pression n'aurait jamais existé  sans un Jean-Paul L'Allier capable de réunir, de rassembler même des gens qui ne pensaient pas nécessairement comme lui. On oublie trop facilement cet autre fait que pendant huit de ses seize années comme maire, Jean-Paul L'Allier fut minoritaire au Conseil municipal de la ville de Québec. Il a su pourtant conjuguer avec son opposition, la consultant et écoutant ses avis. Il me disait souvent que son opposition améliorait ses projets. Jamais le dialogue ne le lassait.

Jean-Paul L'Allier fut un grand serviteur de l'État, un maire visionnaire pour Québec et un amoureux inconditionnel de la démocratie municipale et du Québec tout entier.
 
À son épouse, ses enfants et ses proches, j'offre mes plus sincères condoléances et l'expression de ma sympathie.
 
________________________________

jeudi 10 décembre 2015

NOS PREMIERS RÉFUGIÉS SYRIENS ET NOS MÉDIAS


Les premiers réfugiés syriens devraient arriver à Toronto demain et à Montréal samedi. À tous ces réfugiés qui fuient un pays engagé dans une guerre horrible, je dis : soyez les bienvenus au Canada et au Québec. J'espère que vous trouverez ici un pays accueillant, pacifique et humain qui saura vous aider à reprendre parmi nous une vie normale et, je vous le souhaite, la plus heureuse possible.

Je suis convaincu que les représentants consulaires canadiens qui vous ont rencontrés en Turquie, en Jordanie ou au Liban vous ont fourni d'amples explications sur le pays où vous arrivez. Je ne veux pas ajouter à leurs descriptions. Quand vous arriverez au Québec, samedi, j'aimerais vous dire un mot de nos médias. Notez que ce ne sera pas mieux à Toronto, mais je parle ici de Montréal.

Vous allez voir ces médias électronique arriver en groupes compacts, toutes lumières de caméras allumées. D'abord, sachez qu'ILS NE SONT PAS DANGEREUX. 
 
Ils ne vous frapperont pas. Vous demeurez libre de ne pas leur répondre. Ces médias seront là, à vous attendre avec caméras, lumières et micros. Ce sont les plus dangereux, et en même temps, les plus inoffensifs. Dès qu'ils auront une chance de s'approcher de vous, ils vont vous demander des questions très, très profondes et très, très réfléchies.
 
Question profondes...

Première question profonde : « Comment vous sentez-vous en arrivant ici ? »

Réponse suggérée : « Je suis content(e), mais un peu fatigué(e). » (Vous serez déjà très apprécié(e).)
 
Deuxième question profonde : « Que pensez-vous du Canada ? »

(Bien sûr, à l'aéroport, vous n'avez encore rien vu du Canada, du Québec, de Montréal, puisque vous serez encore à l'aéroport. Ou si peu.)

Réponse (suggérée) à la deuxième question profonde : « Je suis très heureux (se) d'être enfin arrivé dans votre beau pays. »

Ces « journalistes » seront alors enchantés, hors d'eux-mêmes. Il se peut même que quelques vedettes de la télévision ne pensent pas momentanément à leur coiffure et négligent une fraction de leur apparence. C'est vous dire l'effet de vos mots, même s'ils sont peu nombreux.

N'oubliez pas, chers réfugiés, de répéter qu'après un vol de neuf heures, vous êtes (e) content(e), mais un peu fatigué(e). Cela ajoutera une touche de « human  interest » au reportage du journaliste de la télé. Il risque d'y avoir une troisième question (de la part des plus intellectuels de ces journalistes de la télé, ceux qui vivent sur le Plateau - on vous expliquera cela plus tard, car ce n'est pas très important).

Troisième question profonde : « Qu'allez-vous faire demain, et où allez-vous vous installer ? »

À cela, je vous conseille de répondre au journaliste de poser sa question aux gens et aux organismes qui s'occupent de votre accueil. IL NE VOUS EN VOUDRA PAS.  Il aura eu sa « clip sonore ». Ça lui suffit.

Si un journaliste de la presse écrite souhaite échanger avec vous, n'hésitez pas : il veut faire de l'information, pas donner un spectacle. Vous le reconnaîtrez à sa tenue vestimentaire négligée, et au fait qu'il est seul, sans caméra de télévision.

Un dernier mot. Vous êtes arrivés dans un pays de liberté, et cette liberté vous permet de ne pas parler à la presse si vous n'en avez pas le goût ou l'envie. Rappelez-vous-en. J'espère que cette petite leçon sur nos médias vous sera utile, si vous la lisez.

À nouveau, bienvenue dans ce havre de liberté qu'est le Canada. Je vous souhaite le mieux pour la suite de votre vie et celle de votre famille ici.

- 30 -

Crédits image :
Réfugié syrien : ONU
Médias : ABC
 

 

 

 

 

 

 

mercredi 2 décembre 2015

MES VIEUX DÉMONS…

Voilà que la Cour supérieure du Québec reporte au moins jusqu’en février l’application de certaines dispositions de la loi sur les soins de fin de vie, aussi appelée la loi sur « l'aide médicale à mourir », qui devait entrer en vigueur dans 10 jours.

Cette suspension de l'application de cette loi québécoise tant que certains articles du Code criminel de juridiction fédérale n'auront pas été changés donne lieu à un chassé-croisé de déclarations et de réactions toutes assez prévisibles. Véronique Hivon, la « mère » de la loi québécoise, dénonce l'intrusion fédérale. Elle est députée péquiste et pour elle, le pays, c'est le Québec. Notre pays réel, cependant, c'est le Canada.

La ministre de la justice, Stéphanie Vallée, a annoncé que Québec portera en appel ce jugement de la Cour supérieure. «Pour nous, il est clair que la loi québécoise est valide, la loi québécoise encadre de façon très claire les soins de fin de vie qui seront offerts aux patients québécois, incluant l’aide médicale à mourir», a-t-elle dit.

Tant Madame Vallée que le ministre Gaétan Barrette ont clamé haut et fort que la loi québécoise sur les soins de fin de vie n'était pas une aide au suicide assisté ou de l'euthanasie, mais bien une loi « sur des soins de santé ».

Êtes-vous sûrs ?

 J'essaie ici de comprendre. Faire une injection qui met fin à la vie, c'est « un soin de santé ». Mettre fin à une vie, c'est « un soin de santé ». Je sais que je suis loin d'être le plus intelligent (je laisse cela à d'autres), mais j'ai quand même fait des études classiques. J'ai appris le vocabulaire, la grammaire, la philosophie, etc.

J'ai appris, en toute logique, que mettre fin volontairement à une vie, ça s'appelle tuer. J'ai aussi appris que si une personne met fin volontairement à sa vie, ça s'appelle un suicide. Peu importe la façon dont on en parle ou dont on enrobe cela, ça ne peut surtout pas être un « soin de santé », à moins de dépouiller les mots de leur sens le plus simple et le plus profond.

On a beau user et abuser de toutes les périphrases possibles comme « aide médicale à mourir », « mourir dans la dignité », « geste de compassion », il reste que la réalité est plus crue que cela : mettre fin volontairement à la vie d'un autre, ça s'appelle tuer; mettre fin volontairement à sa vie, ça s'appelle un suicide. L'échappatoire est impossible.

J'ajoute, enfin, qu'un médecin qui accepte de pratiquer une injection pour mettre fin à la vie d'un patient qui l'a demandée assiste un suicidaire et viole son serment d'Hippocrate. Il pratique, dans les faits, une euthanasie.

Voilà. Mes vieux démons sont sortis de mon placard. Ce n'est pas très important car mon opinion ne compte pas beaucoup et que je ne veux faire de leçon à personne. Mais je tiens à dire publiquement que je ne fais pas partie du « large consensus » qu'invoquent nos politiciens et politiciennes. Tuer une personne, même par compassion, ou assister un suicidaire dans son geste, je regrette de devoir le dire, mais c'est mal.
 
Même si j'étais le seul dans mon coin à avoir cette opinion, je continuerai à dire que c'est mal.


- 30 -

 

mardi 17 novembre 2015

ATTENTATS DE PARIS : DÉSESPÉRER ?

Tout et son contraire a été dit et écrit sur les attentats de Paris jusqu'ici. L'éventail des sentiments s'est étalé dans les images, dans les textes et sur les visages des gens, au premier chef bien sûr des trop nombreuses personnes directement touchées par cette tragédie innommable. Beaucoup de colère, d'incompréhension, de révolte et surtout, de tristesse, une profonde tristesse.

Les acteurs politiques ont tenu leurs propos habituels en pareille circonstances. Devant les parlementaires, le Président de la République française a été particulièrement agressif face aux actes de l'ÉI, énonçant des phrases qu'on pourrait qualifier, si on ose créer ce néologisme, de « bushiennes ». M. Hollande a parlé de « l'armée de terroristes » qu'il faut non pas défaire, mais bien éradiquer. Ce n'est pas rien. Joignant le geste aux paroles, la France a déjà intensifié ses attaques aériennes contre des cibles en territoire contrôlé par l'ÉI.

Par delà l'horreur compréhensible suscitée par les assassinats gratuits de vendredi soir, il ne faut jamais oublier que le président français est aussi en campagne électorale pour les élections régionales du 6 et 13 décembre et qu'il doit décider s'il sera candidat à un second mandat à la présidence de l'État français. Cela aussi fait partie de la réalité.

Pour notre part, notre jeune premier ministre a refusé de tomber dans l'enflure verbale ambiante. Il a eu raison. Bien sûr, les chroniqueurs le lui reprochent sévèrement. Un premier ministre canadien qui se retient de lancer des déclarations enflammées, ce n'est pas très excitant… On lui reproche même de vouloir s'en tenir à ses engagements électoraux (retrait des six F 18 au Moyen-Orient, accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada d'ici la fin de l'année) et on lui conseille d'un côté, d'être plus guerrier et de l'autre, moins accueillant. Certes, il va de soi que les mêmes chroniqueurs et commentateurs sont fins prêts à le crucifier s'il ne respecte pas ses promesses électorales…

Tout cela est de la politique. Nos politiques reflètent aussi une inquiétude profonde chez les citoyens en France, certes, mais aussi ailleurs dans le monde, incluant le monde musulman qui est le monde ayant le plus souffert jusqu'à maintenant de ces gestes barbares. En passant, de ce côté-ci de l'Atlantique, qui s'était vraiment soucié du double attentat à la bombe, la semaine dernière, dans un quartier du sud de Beyrouth, qui a fait au moins 43 morts et 239 blessés, selon le dernier bilan officiel ?* Poser la question, c'est y répondre.
Les actes terroristes sont conçus justement pour créer un sentiment permanent de terreur au sein des sociétés. Ce sentiment est corrosif, et s'attaque à la cohésion sociale sans laquelle vivre de façon civilisée n'est pas possible. Cette terreur mène aussi au désespoir et au découragement. Ce sont ces sentiments que les terroristes veulent créer, et c'est à cela qu'il ne faut surtout pas succomber.

Toutes les communautés qui, d'Oklahoma City à New-York, de Mumbai à Madrid, de Beyrouth à Paris et en combien d'autres endroits, toutes les communautés qui se sont reprises en main, ont nettoyé les lieux, pleuré leurs morts et blessés et repris le travail quotidien, toutes ces communautés nous ont donné une leçon non seulement de courage, mais aussi de civilité et de civilisation. Reprenant une vie normale malgré la douleur, ces communautés ont fait mentir et continuent de faire mentir les terroristes qui ont cherché à les paralyser. Elle continuent également de faire mentir les nombreux prophètes de malheur qui s'agitent dans trop de médias complaisants. C'est ce que Paris fait ces jours-ci.

Notre monde n'est pas parfait, certes, mais il démontre à tous les jours que la civilisation l'emportera toujours sur la barbarie, la force de caractère sur la terreur, les plaisirs simples de tous les jours sur les idéologies totalitaires, théologiques ou non.
 
 
Image : The Guardian (via Internet)
______________________________

 

 

 

mardi 6 octobre 2015

LES EAUX USÉES DE MONTRÉAL DANS LE SAINT-LAURENT

Les médias nous cassent les oreilles ces jours-ci avec le déversement prévu de 8 milliards de litres d'eaux usées, soit 8 millions de mètres cubes. C'est très regrettable, ce déversement.

Tentons maintenant de le mettre en perspective.

En 2012, sur le fleuve Saint-Laurent, la crue a été hâtive et les débits ont diminué rapidement par la suite pour afficher des valeurs sous la barre de 7 500 m3/s durant une période prolongée à partir du milieu de l’été  (Voir http://planstlaurent.qc.ca/fr/suivi_de_letat/fiches_de_suivi/evolution_
des_niveaux_et_debits_du_fleuve_saint_laurent.html
. )

Or, 7 500 m3/s durant 24  heures égalent 10 800 000 mètres cubes (dix millions 800 mille mètres cubes).

Sur 10 jours de déversements prévus, le débit total du fleuve sera donc de 108 millions de mètres cubes.

Le déversement des eaux usées prévu par la ville de Montréal équivaudra à 8,64 % du débit total du fleuve tel que mesuré en 2012 à Sorel.

Suis-je dans le champ ? Dans les patates ? Je l'ignore.
 
Mais en faisant cette courte recherche et ces calculs élémentaires, j'ai tenté de mettre le fameux « 8 milliards de litres d'eaux usées » en perspective quant au volume.
 
Ce que je n'ai vu nulle part dans nos gazettes écrites et parlées.
 
Hélas.
______________________________

vendredi 4 septembre 2015

UNE COALITION AU SOL CONTRE L'ÉTAT ISLAMIQUE ?

Depuis le démembrement de l'Empire ottoman après la première Guerre mondiale, le Moyen-Orient a toujours été une poudrière. Ses immenses ressources pétrolières et le conflit entraîné par la création d'Israël en 1948 ont fait de cette région du monde un foyer de tensions permanentes, auxquelles le retour en force de l'Islam radical est venu ajouter un important élément additionnel.

Comme si tout cela n'était pas déjà suffisant, l'intervention unilatérale irréfléchie des États-Unis en Irak en 2003 a contribué à déstabiliser encore plus la région.

Puis, depuis quelques années, alors même que la Syrie est ravagée par une interminable guerre civile, que l'Irak se déchire entre Chiites, Sunnites et Kurdes et que l'Iran tente un timide retour au sein  de la communauté internationale, voilà que le cancer du jihadisme islamique, sous l'appellation d'État islamique, vient miner davantage la région.

Ce qui est nouveau avec l'apparition de ces nouveaux barbares de l'État islamique, c'est que les états où les insurgés islamistes réussissent à arracher du territoire sont  ouverts aux attaques aériennes par des pays membres de l'OTAN autant que par les pays arabes voisins.


Pourtant, les attaques aériennes de la coalition ne connaissent qu'un succès mitigé qui n'empêche pas l'État islamique de gagner du terrain au sol. Il est temps que la communauté internationale fasse davantage.

L'exemple de 1939-1945
Dans les années 1930, il a fallu du temps et la fin de beaucoup d'illusions pour que les pays concernés réalisent l'ampleur de l'horreur sociale et humaine que fut le nazisme. Mais ce n'est pas l'horreur qui a d'abord poussé les pays à agir. L'Angleterre et la France avaient signé un protocole en vertu duquel ils viendraient en aide à la Pologne si celle-ci était attaquée. Hitler a parié que les Anglais et les Français ne feraient rien, comme cela avait été le cas en 1938 avec la Tchécoslovaquie. Hitler a perdu son pari et son agression contre la Pologne a entraîné la seconde guerre mondiale.

Puis, dans un geste que les historiens n'arrivent toujours pas à expliquer, alors que les Etats-Unis n'avaient déclaré la guerre qu'au seul Empire du Japon, c'est Adolf Hitler qui a unilatéralement déclaré la guerre aux Etats-Unis trois jours après l'attaque japonaise à Pearl Harbour. 

On connaît le reste. Les Alliés se sont unis et ont fini par défaire en Europe l'Allemagne nazie et, en Asie, l'Empire japonais dont les massacres humains n'ont pas eu beaucoup à envier à ceux des nazis.

Face à l'État islamique, il est temps que les pays civilisés du monde se décident à mettre fin à ce cancer qui ronge le Moyen-Orient et qui inspire le terrorisme international. Il faut éradiquer cet État islamique, comme on éradique de la mauvaise herbe ou comme on tue un chien enragé.

Pour atteindre ce résultat, les attaques aériennes ne suffisent manifestement plus. Il faut, comme le veut l'expression, « des bottes au sol ».  Il y a 25 ans, les États-Unis ont accepté que soit formée une large coalition pour chasser l'Irak de Saddam Hussein du Koweit qu'il avait envahi et pillé. Cette coalition, sous l'égide de l'ONU, incluait nombre de pays arabes inquiets des visées hégémonistes du dictateur irakien. Nous en sommes là aujourd'hui, face à l'État islamique.

Cette insurrection inquiète non seulement le monde, mais aussi tous les pays du Moyen-Orient. Le comportement des jihadistes est d'une barbarie humaine insoutenable, en même temps que d'une hargne ignoble et inacceptable du patrimoine culturel de l'humanité.
 
Il faut maintenant que les pays du monde, avec un mandat des Nations Unies, s'unissent pour écraser ce cancer qu'est l'État islamique.
 
Cela ne règlera pas tous les problèmes du Moyen-Orient, mais cela apporterait une pierre de plus à l'esquisse de solutions à moyen et long terme pour que la paix revienne dans une région du monde qui ne l'a pas beaucoup connue depuis un siècle.
 
_____________________________________
 
Images : Internet

samedi 29 août 2015

UN MONDE INQUIÉTANT


Ce monde, cette époque sont troublants. Inquiétants, même. La chute du Mur de Berlin et l'effondrement du communisme d'état dans la dislocation de l'URSS au début des années 1990 semblaient ouvrir la porte à une ère nouvelle et pacifique. Il n'en fut rien.

À la menace soviétique succéda la menace terroriste, qui perdure. Des États, en apparence stables, se sont fractionnés, comme la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie. De l'Écosse au Québec en passant par la Catalogne, les tentations sécessionnistes demeurent présentes.
Les États-Unis, présumés « vainqueurs » de la Guerre froide, n'ont pas réalisés qu'ils étaient devenus un colosse aux pieds d'argile. Ses dirigeants, aveugles face aux nouvelles donnes mondiales, ont continué à se comporter en policiers du globe, alors qu'ils n'en avaient plus ni la force ni les moyens.

Objets d'attaques graves du terrorisme en 1993 et en 2001, les États-Unis ont démontré une réaction primaire, démagogique même. Après l'attentat du 11 septembre 2001 à New York, les Américains ont renforcé leur contrôle autoritaire en politique intérieure (le « Homeland Department ») et agressé l'Irak pour déposer Sadam Hussein. Ils se sont aussi embourbés, sous couvert d'un mandat de l'ONU, en Afghanistan, eux qui ne semblent pas se rappeler de l'histoire de la guerre du Vietnam. Le résultat, c'est que l'Irak est déstabilisé, et que le Moyen-Orient est plus dangereux que jamais.

Lorsque le « printemps arabe » a commencé, l'Europe et les États-Unis ont applaudi chaleureusement les soulèvements populaires dans les pays arabes, les ont même encouragés sans réaliser à quel point une large partie de ces soulèvements était animée par des islamistes radicaux financée par une Arabie saoudite avec laquelle les Occidentaux continuent à avoir de bonne relations. Dans la foulée de ce fameux printemps arabe, les Américains ont aussi laissé l'OTAN et la France décapiter la Libye en participant à l'hallali aérien contre le gouvernement de Kadhafi. La Libye n'a toujours pas, à ce jour, de gouvernement digne de ce nom.
L'autre résultat, c'est que la Syrie est devenue un champ de bataille humainement atroce entre le gouvernement El-Assad et l'opposition, un champ de bataille où l'État islamique occupe une bonne partie du territoire en continuant à perpétrer ses atrocités contre les personnes et son vandalisme destructeur contre le patrimoine de l'humanité.

Plus au Nord, la Russie de Poutine, le nouveau Tsar, rêve de reconstituer son empire perdu en1990. Réoccupation de la Crimée, aucun respect pour la frontière orientale de l'Ukraine, démonstrations militaires, rien n'est trop beau ou coûteux pour que la Russie démontre à la face du monde qu'elle est redevenue une puissance sur l'échiquier mondial. Pendant ce temps, les dirigeants occidentaux de l'Europe et des Amériques se tordent les mains de désespoir et donnent littéralement des coups de mouchoirs sur le poignet de Poutine. Un peu comme Daladier et Chamberlain face à Hitler en 1937 ou 1938.
 
En Asie, le colosse économique chinois connaît des difficultés alors que sa croissance échevelée ralentit. Combien de temps les Chinois vont-ils accepter le gouvernement d'un parti unique… On ne le sait évidemment pas. Mais qui, à part quelques spécialistes, aurait pu prédire en 1988 l'effondrement du soviétisme et la fin de la division de l'Allemagne ?

Les monde est inquiétant ? Certes. Il le serait à moins. Il n'est pas nécessaire d'être un spécialiste des questions internationales pour comprendre cela. Nous vivons une époque instable, donc dangereuse.
 
__________________________________



 

 

mardi 28 juillet 2015

CHRONIQUER EN JUILLET…


Je n'envie pas du tout, mais pas du tout les chroniqueurs professionnels comme ceux qu'emploient les médias. Leur sort, en juillet, mérite notre pitié, vraiment.

C'est qu'en juillet, et encore pire, durant les vacances de la construction qui, chez nous, tombent toujours les deux dernières semaines de juillet, c'est donc qu'en juillet, il ne se passe… rien. Justement. Rien. Les politiciens sont en vacances. Les bouchons de circulation, sujet éternel de placotage, sont réduits à leur minimum annuel. On peut même rouler à 70 km / h sur les autoroutes Décarie ou Métropolitaine. Il ne se passe rien de notable. On s'est même habitués aux cônes oranges, c'est tout dire. C'est à peine s'ils nous font hausser les épaules.

Et pourtant, nos chroniqueurs, ceux et celles qui ne sont pas en vacances, doivent quand même avoir des opinions sur différents sujets, car le journal n'attend pas. Comble de «malheur » cette année, nous avons du beau temps, un beau temps estival qui fait que tous les gens en vacances, dont les ouvriers de la construction et leurs familles, n'ont pas à se plaindre.
Se plaindre, dénoncer, être en colère contre le gouvernement ou le maire ou les syndicats ou le système de santé, voilà qui nourrit la chronique. Mais cette année, il n'y a rien. Tout est tranquille. Même l'approche de l'élection fédérale du 19 octobre prochain n'arrive pas à soulever les passions, en ce mois de juillet splendide et tranquille. La première ministre de la Colombie britannique a osé mettre son nez dans la politique québécoise ; elle n'a pas réussi à secouer la belle léthargie qui est de mise, cet été. Nos nationalistes sont en vacances, eux aussi.

Vraiment, je plains nos chroniqueurs. Ils doivent s'inventer des sujets. Parler de leur vécu (mes vacances avec mes ados, par exemple, mon voyage dans l'arrière-pays, etc.). Le moindre fait divers incite ce qui reste de journalistes à dire ou écrire que le (écrire ici votre fait divers préféré : …………….) « relance le débat sur » (inscrire ici le sujet du fait divers indiqué précédemment).
Ainsi, un petit enfant se noie dans un fossé près de la maison de ses parents (ce qui est triste et tragique pour ces parents, bien sûr), que des chroniqueurs relancent le débat sur la sécurité des tout-petits et réclament que le gouvernement (encore lui !) impose de clôturer les terrains donnant sur des fossés. Bref, ils essaient de « relancer le débat sur », mais il n'y a pas de débat. Même chose pour les accidents de la route, les noyades dans les piscines ou les rivières, les incendies, etc.

Évidemment, il n'y a pas de débat parce que des faits divers, des accidents bêtes surviennent toujours. Mais quand la politique et les chicanes habituelles reviendront à compter de la mi-août, ces faits divers reprendront leur juste place dans les médias, sauf pour Québecor, dont c'est le pain et le beurre quotidiens en page Une.
Plus grave encore pour nos opinants professionnels, le nombre de noyades accidentelles est en baisse, cet été. Quand on en est rendu là, il n'y a plus grand chose à dénoncer. Il n'y a pas, non plus, grand chose d'intelligent à écrire. Et pourtant, il le faut. Misère.

Faites comme moi : ayez une pensée sympathique pour ces tâcherons de l'opinion condamnés à écrire leurs chroniques. Je me répète, je ne les envie pas du tout.
Sur ce, je vais prendre l'air sur mon balcon. Il fait très beau.
__________________________________________
 

samedi 4 juillet 2015

LE COURAGE DE GILLES DUCEPPE

Mes proches savent que je n'appartiens pas à la famille souverainiste. Je n'appartiens pas non plus à la famille fédéraliste, même si je considère que le Québec a été plutôt bien servi par son appartenance canadienne. Je suis avant tout un observateur intéressé de la chose politique. Mes opinions politiques personnelles, pour ce qu'elles valent, n'ont rien à voir ici avec mon propos.

Cela dit, il faut reconnaître les beaux gestes qui surviennent de temps à autre dans le monde politique, surtout que les médias et les commentateurs s'attachent surtout à ce qui n'est pas très honorable et alimentent ainsi le cynisme ambiant vis-à-vis le monde politique.
 
À cet égard, qu'on soit d'accord ou non avec son option politique, on se rappellera de Monsieur Parizeau qui, en 1995 en pleine campagne référendaire, laissa la première place dans l'équipe du 'Oui' à Lucien Bouchard pour tenter de favoriser davantage son option. Il lui fallût du courage et, oui, de l'abnégation pour prendre une pareille décision.

Le geste récent de Mario Beaulieu est analogue. Devant les difficultés qu'il a perçues dans son leadership du Bloc, Mario Beaulieu a consenti à s'effacer et demandé à Gilles Duceppe de reprendre la direction du parti. Le geste de Mario Beaulieu est digne et respectable, et il lui a fallu démonter, lui aussi, pas mal d'humilité et d'abnégation pour le poser. Il faut le souligner. Ces comportements assez peu fréquents sont empreints de dignité. Je ne veux même pas chercher à distinguer les différents motifs qu'on a tenté d'imputer à ces gestes. Je considère les gestes en eux-mêmes.

Le courage de Gilles Duceppe est évident et mérite d'être souligné. D'abord, en tout respect, Gilles Duceppe n'est plus un jeune homme. Dans la soixantaine avancée, il a, comme on dit, déjà largement donné à la patrie. Il aurait pu continuer à jouir de sa retraite, en bloguant par ci, en opinant par là, notamment dans le Journal de Montréal, bref à continuer d'être un elder stateman respecté, loin des empoignades quotidiennes de la lutte politique sur le terrain.

Malgré un contexte difficile, le Bloc n'ayant plus que deux députés à la Chambre des Communes, Gilles Duceppe a accepté le défi de remplacer Mario Beaulieu à pied levé, au seuil des élections fédérales d'octobre prochain. Comme on dit en Québécois, « ça prend du guts ». Parce que rien n'est garanti pour Gilles Duceppe dans cette aventure.

Il peut tout aussi bien retourner aux Communes avec cinq ou dix députés bloquistes comme il peut être défait et voir le Bloc complètement balayé de la scène politique fédérale. Les luttes à trois ou quatre qui s'annoncent dans beaucoup de comtés fédéraux au Québec à l'automne rendent pratiquement impossible toute prédiction un tant soit peu sérieuse.
 
Les quelques sondages publiés depuis l'annonce de son retour révèlent des mouvements d'opinion qui sont au mieux timides. De plus, ces mouvements d'opinion ont été ponctuellement encouragés par un plus large contexte.
 

QUELQUES MOIS FASTES POUR LES SOUVERAINISTES

Ce contexte élargi, tout le monde le connaît. D'abord, il y a eu la longue course à la direction du Parti québécois, ses différentes péripéties et l'élection de Pierre-Karl Péladeau qui occupe maintenant le poste de Chef de l'Opposition à l'Assemblée nationale. Puis, Monsieur Parizeau, véritable géant de l'histoire du Québec des cinquante ou soixante dernières années, est décédé. Ensuite, à la surprise générale, Gilles Duceppe a annoncé qu'il reprenait la barre du Bloc québécois.

Ces événements ont tous eu une très large couverture médiatique au Québec et même au-delà et ils ont influencé l'opinion publique. Jusqu'ici, toutefois, cette influence ne semble pas renverser les tendances lourdes déjà perçues au sein de la population québécoise (voir, entre autre, le site de three hundred and eight à cet égard).

Dans l'opinion publique, le PQ demeure, à quelques points de pourcentages près, là où il était avant tous ces événements. De façon étonnante, le Parti libéral a même vu l'approbation de l'action gouvernementale s'accroître légèrement malgré une évidente grogne dans les groupes syndicaux et autres.

Au fédéral, l'annonce du retour de Gilles Duceppe a donné quelques points de plus au Bloc, mais rien pour lui permettre aujourd'hui d'espérer engranger des récoltes semblables aux belles années du BQ. Pire encore pour ce parti, beaucoup de citoyens ouvertement partisans du Bloc hésitent à ce jour entre appuyer leur parti et tout faire pour se débarrasser du gouvernement Harper, ce qui implique pour nombre d'entre eux ou elles de voter plutôt NPD qu'autre chose dans le contexte présent.

Bref, dans une situation où, structurellement, rien ne semble vraiment changé de façon significative et profonde dans l'opinion publique québécoise, le geste posé par Gilles Duceppe est un geste politique courageux qu'il faut saluer.

______________________________________

Image : La Presse
 

mardi 2 juin 2015

JACQUES PARIZEAU, EN QUELQUES LIGNES


N'écrire que quelques lignes sur Jacques Parizeau est difficile, car il y a beaucoup à dire. L'homme qu'il fût était, dans tous les sens du terme, formidable. Une présence physique imposante, une intelligence exceptionnelle, une foi inébranlable dans l'avenir d'un Québec souverain, une audace dans la réflexion et le propos, mais  toujours exprimée, sauf une malheureuse fois, dans le plus grand respect. Monsieur Parizeau était tout cela, et plus encore. J'ai eu l'immense privilège, de décembre 1976 à mai 1978, de travailler à ses côtés comme secrétaire de presse et conseiller politique.

Ma première découverte, c'est qu'il n'y avait qu'un seul Jacques Parizeau. Dans le secret des conversations du cabinet politique ou en public, Jacques Parizeau tenait le même discours. Chez lui, la double langue et la langue de bois n'existaient pas. Comme disent les Américains, « what you saw is what you got. »

Un autre trait profond chez Jacques Parizeau : sa loyauté absolue envers le chef du Parti québécois de l'époque, René Lévesque. Monsieur Parizeau lui était d'une fidélité à toute épreuve, et Dieu sait s'il y en a eu, des épreuves. Malgré les désaccords sur certaines idées fondamentales, dont l'étapisme et le libellé de la question du référendum de 1980, malgré le refus du « beau risque » de 1984 et la démission subséquente du conseil des ministres avec plusieurs collègues, Monsieur Parizeau est demeuré un proche de Monsieur Lévesque.
Le soir du décès de René Lévesque, c'est Monsieur Parizeau qui est arrivé un des premiers au domicile de l'ancien premier ministre à l'Île-des-Sœurs le 1er novembre 1987. Monsieur Parizeau et Monsieur Lévesque ne se sont jamais tutoyés, même en privé. J'en suis témoin.
J'ai aussi découvert, chez Jacques Parizeau, le sens du mot dignité. Monsieur Parizeau était un homme digne. Il était de son temps certes, mais il ne perdait jamais cette dignité dans son comportement, dans ses relations avec les autres, y inclus les adversaires politiques ou les simples citoyens. Ce n'était pas affectation de sa part, c'était sa nature profonde.

Enfin, je dis un mot de son engagement. Jacques Parizeau, d'abord et avant tout, a été un grand, un très grand serviteur de l'état québécois et de ses concitoyens. L'évolution de sa pensée constitutionnelle, que des plus compétents que moi vont analyser encore longtemps, provient essentiellement de sa volonté de mieux servir encore le Québec et sa population. Optant publiquement pour l'indépendance politique de Québec en 1967, il s'est fermé d'innombrables portes, mais il en a ouvert bien d'autres. Il savait pertinemment que les élites du Canada anglais ne le comprenaient pas.
Au printemps 1978, délégué à Toronto pour représenter le ministre des finances du Québec au budget du ministre ontarien des finances, j'ai eu de longues discussions avec diverses personnes après le discours à Queen's Park. Je me souviens, entre autres, de John Robarts, l'ancien premier ministre ontarien, me dire en toute franchise : « Jacques can't be a separatist: he's one of us! » Ce qui fit bien rire Monsieur Parizeau, à mon retour à Québec.

Le Québec vient de perdre un de ses grands hommes. Nous n'en avons pas beaucoup. Nous le regrettons déjà.
À son épouse Lisette Lapointe, à ses enfants et à tous ses autres proches, j'exprime mes condoléances les plus sincères. Votre perte est aussi la nôtre.

___________________________________